Comptes 2023 ● Il en est désormais ainsi : le Conseil d’État élabore des budgets dont les revenus sont systématiquement sous-évalués : de 18% en 2021, de 21.5% en 2022 et de 20.8% en 2023. Cette sous-estimation chronique des ressources sert à imposer l’austérité néolibérale en pleine période de croissance alors que les besoins de la population explosent. Les conséquences sont multiples : non indexation des minimas sociaux et maintien dans la précarité, absence de compensation de la perte de pouvoir d’achat de la population, manque de postes, péjoration des conditions de travail dans le secteur subventionné en particulier dans le social et la santé, défaut de prise en charge dans l’éducation spécialisée, etc.
Accroissement des richesses et aggravation de la précarité
Ces rentrées fiscales proviennent des secteurs prédateurs de l’économie : finance internationale, trading des matières premières, industrie du luxe. Ainsi, la hausse des revenus de l’État est la conséquence de l’explosion des bénéfices et de la richesse de la classe possédante. En parallèle, les demandes à l’aide sociale ont augmenté de 5% en 2023 et les aides alimentaires n’ont jamais été autant sollicitées. Tandis que les riches s’enrichissent et s’approprient les gains en productivité en refusant la hausse légitime des salaires, la population souffre en constatant l’augmentation des loyers, l’explosion des assurances-maladies et des prix dans les supermarchés.
Depuis 2018, les comptes de l’État ont été bénéficiaires chaque année, à l’exception de 2020, première année COVID. Depuis 2018, la tromperie politique de la sous-évaluation budgétaire a été systématique et n’a fait que s’aggraver. Depuis 2018, les revenus de l’État ont augmenté de 32%, tandis que les dépenses, hors affectation de l’excédent, de 19%.
La dette ou la lutte contre les inégalités sociales
Qu’a fait le Conseil d’État de cet excédent ? A-t-il renforcé la politique sociale et écologique ? L’éducation ? La santé ? Bien sûr que non : il a remboursé la dette. Pourtant, en 2022, la dette nette de l’État de Genève s’élevait à 0.71% du PIB (source USS, 2023), soit environ 420 millions ; tandis que les standards internationaux limite la dette à… 60% du PIB. L’État de Genève est donc très loin de toute situation inquiétante. L’affectation des revenus au remboursement de la dette prive l’État des moyens nécessaires à son rôle de correction des inégalités sociales.
Fort des revenus fiscaux en hausse, la droite majoritaire propose des baisses d’impôt en prétendant redonner du pouvoir d’achat. Or, ce n’est pas par les impôts qu’on donne du pouvoir d’achat, mais par les salaires !
Les attaques incessantes et mesquines de la droite contre les services publics et les travailleurs-euses doivent cesser ! Avec ces moyens, l’État pourrait, par exemple, renforcer les prestations financières à la population qui servent à limiter les conséquences de la gloutonnerie des possédants (loyers et assurances maladie en tête), mettre sur pied un fonds intempéries-canicules, financer les reconversions professionnelles, créer des emplois écologiques et sociaux, financer l’école inclusive, revaloriser les fonctions en situation de pénurie (santé et social), développer des places de crèche avec du personnel formé…
Mauvais tour de passe-passe
Mais au lieu de cela, c’est surtout le lapin des baisses d’impôts pour les riches (lire en page 4) que le Conseil d’État de droite a sorti du chapeau « magique » de la ministre des finances. Encore un trou dans les recettes publiques, dont la droite ne manquera pas de se servir pour tailler encore dans les prestations publiques et les conditions de travail en prétexte qu’on ne saurait « vivre au-dessus de nos moyens ». Les riches toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres, un mauvais tour de passe-passe qui commence à être lassant.
Jérôme Chapuis