Économie

En 2024, un rattrapage salarial s’impose

Les résultats de la nouvelle Enquête suisse sur la structure des salaires sont inquiétants, et démontrent que des augmentations sont urgentes.

Statistiques ● Les chiffres de l’Enquête suisse sur la structure des salaires publiés le 19 mars sont inquiétants. C’est une décennie perdue en matière de salaires : les salaires réels sont en effet à peine plus élevés qu’en 2016. La crise due au COVID-19 ne peut pas tenir lieu d’excuse. Elle a certes entraîné des difficultés passagères dans certains secteurs. Mais dans l’ensemble, la situation économique et les marges des entreprises étaient et demeurent bonnes, sinon excellentes. Un rattrapage salarial s’impose par conséquent dans les prochaines négociations salariales.

Des salaires réels qui stagnent

Dans le passé, les salaires réels augmentaient au même rythme que la productivité du travail, soit d’environ 1 % par an. Ce n’est hélas plus le cas. Le renchérissement n’est même plus compensé depuis la fin de l’année 2021, alors que jusque-là un tel mécanisme allait de soi dans le partenariat social suisse. Et comme les primes d’assurance-maladie sont en forte hausse, une part croissante des ménages n’arrivent plus à joindre les deux bouts.

Ou qui baissent

Une analyse des branches d’activité révèle des évolutions préoccupantes. En 2022 par exemple, les salaires moyens du personnel (sans fonction de cadre) des services postaux et de courrier étaient plus bas en valeur nominale qu’en 2010. L’érosion des conditions de travail dans la branche est effrayante, et une bonne convention collective de travail (CCT) serait plus que jamais nécessaire. Dans l’industrie chimique, des équipements électriques et des métaux, les salaires réels (sans fonction de cadre) ont baissé de plus de 2 % entre 2018 et 2022.

Inégalités persistantes

Par contre, le retard des salaires féminins par rapport à ceux des hommes s’est encore réduit. Il est vrai que le salaire moyen des femmes demeure inférieur de plus de 5 % à celui des hommes – pour la main-d’œuvre sans fonction de cadre. Le vrai problème tient à ce que les rémunérations sont généralement plus basses dans les professions dites féminines. Des efforts particuliers s’imposent donc pour revaloriser ces métiers. Chez les cadres, les écarts sont non seulement plus marqués (env. 15 %) mais ils se résorbent moins vite.

Toujours autant de bas salaires

La proportion d’emplois à bas salaires n’a pas changé depuis la dernière enquête, remontant à 2020. Certaines personnes diront que c’est positif. En réalité, la Suisse devrait se fixer des objectifs plus ambitieux. Mais ces dernières années, les employeurs ont hélas fait la sourde oreille à toute proposition d’amélioration dans ce sens. Il n’y a donc eu ni augmentation salariale ciblée, ni nouvelle CCT de grande envergure prévoyant de bons salaires minimums. Le vide conventionnel se fait par exemple sentir dans le commerce de détail. Las d’attendre, les citoyennes et citoyens
optent donc toujours plus pour des salaires minimums étatiques, afin que les salaires suffisent tant soit peu pour vivre correctement.

Et à Genève ?

Selon l’Office cantonal de la statistique, le pourcentage de salaires inférieurs à 4 000 frs a baissé de plus de la moitié entre 2020 et 2022, passant de 5,8% à 2,1%. Tandis que le salaire médian est passé de 7 555 frs à 7 609 frs sur la même période, la part des salaires inférieurs de deux tiers au salaire médian (soit 5 037 frs en 2020 et 5 073 frs en 2022) est passée de 18,4% à 17,1%.

On voit donc là clairement l’effet positif de l’introduction du salaire minimum légal en novembre 2020.

Communiqué de l’USS du 19 mars 2024, adaptation SITinfo

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