Salaire minimum légal

Le PLR invente la sous-enchère saisonnière

Le PLR a déposé un projet de loi pour soustraire sans plus aucun garde-fou les « jobs d’été » à l’application du salaire minimum légal.

Projet de loi ● En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît. En été, fais-toi exploiter. Voilà le complément au dicton que vient d’inventer le PLR, par le dépôt d’un projet de loi sur les « jobs d’été ». Alors que ceux-ci peuvent aujourd’hui déroger au salaire minimum légal (SML) pour autant qu’ils soient cadrés par une convention collective de travail, le PLR veut faire sauter ce garde-fou, ouvrant tout grand la porte à la sous-enchère salariale durant l’été, sous des prétextes totalement fallacieux. Après la motion Ettlin au niveau fédéral, c’est une nouvelle et piteuse tentative de planter une banderille dans un salaire minimum légal qu’ils-elles n’ont toujours pas digéré (contrairement aux entreprises, qui au final ne s’en portent pas plus mal).

Le prétexte est fallacieux : à cause du SML, les étudiant-e-s ne trouveraient plus de « jobs d’été ». Sans avancer aucun chiffre en la matière, ni mentionner ceux-celles qui trouvent encore du travail, mais enfin correctement rémunéré. Car de deux choses l’une : soit les entreprises ont besoin de cette main d’œuvre durant l’été pour remplacer le personnel fixe en vacances, et alors il n’y a pas de raison de les sous-payer, soit les entreprises n’en ont pas réellement besoin pour tourner, et peuvent parfaitement continuer la pratique à un taux d’activité plus bas si vraiment elles ne veulent pas augmenter le budget prévu à cet effet. Le vrai motif de cette attaque contre le SML est donc ailleurs : ouvrir la porte à la remise en cause du principe même du salaire minimum légal.

Car l’argumentaire est à pleurer. Alors que les étudiant-e-s qui travaillent à temps partiel toute l’année ont besoin de ce travail pour vivre, et donc du salaire minimum légal, pour le PLR ce serait « différent » durant l’été, alléguant qu’il s’agirait là uniquement d’ « argent de poche » ou de quoi « se payer des vacances ». C’est probablement que dans les rangs des jeunes PLR, on ne connaît pas beaucoup la précarité étudiante… Hormis le fait qu’on ne voit pas en quoi être exploité-e à plein temps durant l’été serait différent de l’être à temps partiel durant toute l’année, force est de constater que le PLR vient enfin d’admettre… que le salaire minimum légal est nécessaire pour vivre de son travail. Merci Véronique* !

Davide De Filippo

*Véronique Kämpfen, députée PLR auteure du projet de loi, directrice de la communication de la Fédération des entreprises romandes.

Dans le même numéro