François Lefèbvre, militant de la commission
migration du SIT.
Tu t’engages depuis plusieurs mois
en faveur de cette initiative, pourquoi ?
Genève est un canton multiculturel où cohabitent des personnes de toutes les nationalités. Nous avons toutes et tous des collègues qui résident à Genève sans pouvoir donner leur avis sur des sujets qui les touchent au quotidien. Qui n’a jamais eu pour réponse d’un-e collègue, d’un-e ami-e ou même d’un-e membre de la famille « Je suis d’accord avec toi, mais moi je ne peux pas voter » ? C’est profondément injuste et frustrant. On se sent impuissant face à cette réponse.
Mais « yaka se naturaliser », non ?
Je pense qu’il faut renverser cette logique. La naturalisation ne doit pas être une condition pour donner son avis. Au contraire, le droit de vote est un moyen d’intégration. Et puis ce n’est pas aussi simple. Il faut notamment un permis C pour y accéder. Or, en participant aux permanences permis C anticipé du SIT, on réalise à quel point l’accès à ce permis est aussi devenu compliqué. Des personnes actives localement, dans des organisations sociales ou sportives, mais qui touchent une aide parce qu’elles ont plus 50 ans et ne parviennent plus à retrouver un emploi, ou alors ont une poursuite pour des primes-maladies impayées ou un retard dans leurs impôts, ne peuvent pas accéder au permis C, et donc pas demander la naturalisation.
C’est donc une question d’argent ?
C’est essentiellement ça. En face, des personnes aisées étrangères, avec leurs moyens financiers et leur réseau social étendu, ne connaissent pas ce genre d’entraves à l’obtention d’un passeport suisse. L’accès au droit de vote à travers la naturalisation est donc une question de classe sociale. Cela ne devrait pas être le cas : le droit de vote de tous les résident-e-s après huit années passées en Suisse règle ce problème.