Arnaque ● Au prétexte des excédents mirobolants aux comptes de l’État, le Conseil d’État aggrave le projet de loi de la droite (UDC, PLR, Centre et MCG) qui propose de baisser l’imposition des personnes physiques, en mettant en avant le coût de la vie et les besoins de la classe moyenne. Trois arguments trompeurs. Cette mesure est dangereuse et ne profitera qu’aux riches, une fois de plus.
Aubaine trompeuse
Le prétexte des comptes mirobolants de l’État est doublement fallacieux. D’abord, les excédents records sont dus, au moment du budget, à une sous-estimation évidente des recettes, et à une croissance des charges beaucoup trop contenue : avec un tel montage, le résultat est donc forcément meilleur qu’attendu et sert de prétexte à la baisse d’impôt dont rêvent les riches. Pourtant, avec une telle manœuvre, le canton n’en fait pas du tout assez face à l’augmentation, à la précarisation et au vieillissement de la population et face au changement climatique, qui vont supposer beaucoup de moyens supplémentaires.
D’autre part, ces excédents sont liés au commerce de matières premières, qui est prédateur et volatil, et ne peut pas être considéré comme une ressource durable. Se baser sur cette situation est donc un piège.
Quelle classe moyenne ?
Autre élément trompeur avancé : le soutien à la classe moyenne. Or, l’effet du projet de loi ne touchera que marginalement cette classe. D’abord parce que la baisse concerne tout le barème, sauf la catégorie la plus défavorisée, qui ne paie pas d’impôt, et qui ne bénéficiera paradoxalement d’aucune aide ! De plus, si on prend l’une des définitions de la classe moyenne, c’est-à-dire celle qui se situe entre 2/3 du revenu médian et le double du revenu médian, sachant que le revenu médian 2018 d’un couple marié à Genève est de 130 500 frs, la classe moyenne concernerait, pour les couples, ceux situés entre 87 000 et 261 000 frs de revenu. Or la baisse du projet d’origine concerne jusqu’aux multimillionnaires, et la baisse accrue voulue par le Conseil d’État jusqu’à plus de 400 000 frs par contribuable (y compris célibataires).
Cacahuètes pour la classe moyenne
Et surtout, l’effet sur les personnes de la véritable classe moyenne sera minime, alors que pour les gros revenus, il sera très marqué. Ainsi, un couple avec deux enfants gagnant 106 000 frs n’économisera que 90 frs d’impôt par an, un montant très loin de compenser l’inflation et l’explosion des primes maladie. Les très gros revenus feront, eux, des économies de plusieurs milliers de francs d’impôt. 90 frs ne changeront en rien la vie de la classe moyenne (25 centimes par jour…). Pour les riches et les super-riches, par contre, des milliers de francs économisés pour chacun (des millions au total) leur serviront à renforcer leurs pouvoirs (économiques, politiques, médiatiques etc.) déjà énormes.
En réalité, l’argument de la « classe moyenne » n’est qu’un leurre pour faire passer le projet. C’est à cause de ce mécanisme que les baisses d’impôts sont des pièges néfastes et ne profitent qu’aux riches. Ces riches ont déjà profité d’une douzaine de baisses d’impôts depuis les années 90. Ce dont ont réellement besoin les classes moyennes et populaires, c’est d’abord d’augmentations de salaires, de retraites, ainsi que de baisses des primes d’assurances maladie, et également de services publics performants et développés (écoles, hôpitaux, aide à domicile, EMS etc.). Et pour cela, il faut une fiscalité suffisante, surtout du côté des plus riches.
Jean-Luc Ferrière