Et boum ! Encore 6 % d’augmentation des primes d’assurance maladie en moyenne l’année prochaine ! Ce chiffre, scandaleux mais malheureusement prévisible, s’ajoute à une tendance qui dure depuis trop longtemps. L’année dernière, c’était 8,7 %. En 2023, 6,6 %, et ainsi de suite. Entre 1996, année d’entrée en vigueur de la LAMal et aujourd’hui, la prime moyenne nationale a quasiment triplé, passant de 128 frs par mois à 378 frs. Une hausse qui serait encore bien plus importante si l’on n’avait pas dans l’intervalle introduit des franchises plus élevées, ce qui a eu pour effet de faire baisser artificiellement la moyenne, mais avec pour seule conséquence concrète de faire renoncer aux soins une part de plus en plus importante de la population.
Durant le même temps, tandis que les assurances, les pharmas et les cliniques privées ont continué à se goinfrer sur la santé de la population, que les hauts salaires ont pris l’ascenseur et que les grandes fortunes ont explosé, le salaire de l’immense majorité des travailleuses et des travailleurs, lui, n’a que faiblement augmenté si ce n’est stagné.
Mais c’est chaque année la même rengaine, le même coup de massue sur la tête des salarié-e-s, des chômeurs-euses, des étudiant-e-s, des retraité-e-s, de toutes celles et ceux, de plus en plus nombreux-euses, qui peinent à boucler les fins de mois
Et pourtant, il y a une année, deux semaines après l’annonce de la hausse de primes pour 2024, le journal Le Temps publiait un sondage porteur d’espoir : 68 % de la population suisse se prononcerait en faveur d’une caisse unique et publique, avec des primes ajustées en fonction du revenu, plébiscitées par 58 % des sondé-e-s. Le comparateur en ligne Comparis arrive à la même conclusion en avril de cette année, avec un sondage qui fait état de 70 % d’avis favorables à une caisse unique. En juin, c’est au tour du cabinet Deloitte de publier son sondage : 65 % des sondé-e-s sont favorables à une caisse unique. Fait notable : même si le soutien des romand-e-s est plus fort, l’idée est soutenue également par une confortable majorité outre-Sarine.
Alors la question est simple : qu’est-ce qu’on attend ? D’un parlement bourgeois à la solde des assurances, certainement rien. Du parti socialiste suisse, qui a adopté il y a plus d’une année une résolution l’invitant à réfléchir au lancement d’une initiative pour une caisse unique, qu’il accélère le mouvement. Mais pour le SIT, c’est surtout l’Union syndicale suisse qui doit se réveiller.
Parce que ce dont il est question, ce sont des charges indues qui pèsent de manière indiscriminée sur le revenu des salarié-e-s et des retraité-e-s. Et qu’à ce titre, l’USS ne peut se limiter à plaider pour l’augmentation des subventions publiques aux assurances via des subsides fédéraux ou cantonaux, une approche qui s’est d’ailleurs soldée par un échec cuisant de l’initiative « pour le plafonnement des primes ».
Parce que ce dont il est question ici, c’est aussi de la santé de travailleuses et des travailleurs. Or, la dégradation des conditions de travail, la flexibilisation à outrance des horaires, l’augmentation des rythmes de travail, les techniques de gestion RH de plus en plus autoritaires et déshumanisées, la précarisation de l’emploi, le harcèlement et la persistance de climats sexistes sur le lieu de travail, l’exposition aux produits toxiques, aux grands froids et désormais de plus en plus souvent au stress thermique, le stress, la fatigue et la multiplication des burn-out contribuent largement à l’augmentation des coûts de la santé. Et qu’à ce titre, dans le cadre de l’élaboration d’un texte d’initiative, la question d’une contribution des entreprises au financement du système de santé devrait au minimum être posée.
Quant aux mesures pour diminuer les coûts découlant de la dégradation de la santé des travailleurs-euses, le mouvement syndical a plein d’idées… Mais pour qu’elles soient entendues, encore faudrait-il qu’il s’engage sur ce terrain, en cessant d’attendre que d’autres le fassent à sa place.
Davide De FIlippo