Chômage

Contre les chômeurs-euses précarisés de l’hôtellerie-restauration, l’OCE sort le fouet

Depuis cet été, l’OCE impose à nouveau 14 recherches par mois dans l’hôtellerie-restauration. La politique du bâton aux antipodes d’une véritable politique de l’emploi.

Précarité ● Sous prétexte du taux de chômage important dans les hôtels et restaurants et de manque de main d’œuvre dans ce secteur, la direction de l’OCE veut imposer aux personnes à la recherche d’un emploi de faire 14 recherches par mois. La mesure n’a pas de sens. Si les nombreux chômeurs-euses de l’hôtellerie-restauration ne trouvent pas de travail avec 10 recherches mensuelles, on comprend mal comment quatre recherches supplémentaires vont les aider dans cette quête.

Alors que GastroSuisse, l’organisation patronale faîtière du secteur, se plaint d’une pénurie de main d’œuvre qualifiée, comment expliquer la persistance d’un taux de chômage élevé dans ce secteur ? Derrière l’apparent paradoxe se cachent d’autres facteurs que celui de la non-rencontre entre chômeurs-euses et employeurs-euses.

Un secteur peu attractif

Diverses études, dont une menée par la HES-SO Valais en septembre 2023, permettent de retourner le problème. Elles expliquent la pénurie dans le secteur par la pénibilité physique du travail, la difficulté à concilier vie privée et vie professionnelle du fait des horaires, ou encore les faibles rémunérations et l’absence de valorisation de l’ancienneté dans ce secteur.

Le Secrétariat d’État à l’économie, peu connu pour son laxisme à l’égard des demandeurs-euses d’emploi, empoigne, lui aussi, la question de la pénurie sous l’angle de l’attractivité du secteur économique avec son projet « Avanti ! ». Même l’Office cantonal de l’emploi a reconnu ces facteurs d’explication, notamment dans un article du Temps de mars 2024.
Ainsi, si le problème ne réside pas dans la quantité d’offres de services des demandeurs-euses d’emploi, pourquoi en augmenter le nombre ?

Le bâton plutôt que la carotte

L’objectif à peine caché de la mesure est en réalité d’augmenter la pression sur les chômeurs-euses. En effet, en cas de recherches insuffisantes, ou si celles-ci ne sont pas jugée de « qualité suffisante », une suspension du droit à l’indemnité peut être prononcée. Autrement dit, cela signifie que des jours de paie sont supprimés. Cela peut aller de 3 à 4 jours si c’est la première fois à plus d’un mois sans indemnités dès la troisième sanction. Enfin, c’est le droit même à être au chômage, appelée « l’aptitude au placement », qui est évalué. On peut donc être exclu-e du chômage parce qu’une postulation manque, parce que nos recherches ne sont pas assez variées. Dans un secteur où le salaire minimum est la règle, ces pénalités plongent les chômeurs-euses dans des situations dramatiques, amputant le peu d’indemnités chômage qu’ils-elles ont.

Plutôt que d’inviter le patronat qui se plaint de la pénurie à agir sur l’attractivité du secteur, l’État préfère donc sortir le bâton contre les chômeurs-euses… C’est tellement plus facile, et tellement moins coûteux, sauf évidemment pour ceux-celles-ci, condamné-es à la précarité soit de ces emplois instables aux conditions de travail infernales, soit des sanctions de l’OCE.

L’hypocrisie est donc totale. Et cette guerre aux plus précaires, si l’on ne fait rien aujourd’hui, s’élargira à d’autres secteurs.

Pour une véritable politique de l’emploi

Aux antipodes de la mesure, le SIT réclame la mise en place d’une véritable politique de l’emploi dans l’hôtellerie-restauration. Cette politique doit viser à rendre attractif un secteur qui ne l’est pas par l’identification et la correction des modèles d’affaire qui créent du chômage, par l’amélioration des conditions de travail, et par des outils de formation pertinents aux demandeurs-euses d’emploi.
L’OCE doit faire marche arrière et ouvrir un dialogue tripartite, comme le réclame la CGAS, pour construire et mettre en œuvre cette politique de l’emploi.

Julien Repond

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