Retraites

LPP21 enterrée, et après ?

LPP21 sèchement enterrée dans la poubelle de l’Histoire, le mouvement syndical doit reprendre l’initiative sur les retraites.

Perspectives ● On a gagné, et pas qu’un peu. La réforme LPP21 a connu la fin à laquelle elle était promise : écrabouillée dans les urnes, terminé, fini, loin, basta. Cette victoire syndicale, après celle sur la 13e rente AVS, mérite d’être savourée. Car elle évite une baisse de rente aux travailleuses et travailleurs au minimum LPP. Mais aussi parce qu’elle constitue une gifle monumentale à l’arrogance de la droite, qui forte de sa majorité parlementaire s’est crue autorisée à torpiller le compromis qu’avaient trouvé l’USS et l’Union patronale suisse. Mais il n’en demeure pas moins que ce compromis n’était pas non plus enthousiasmant, loin de là, et qu’au lendemain de l’enterrement quatre étoiles de LPP21, l’USS reste sans projet concret pour sortir de l’ornière dans laquelle le système des trois piliers plonge les travailleuses et les travailleurs.

Voie sans issue

Alors que la LPP s’apprête à fêter son 40e anniversaire, le bilan de cette loi est patent : confisquée dès sa gestation par les assurances et la finance, la LPP n’a jamais tenu et ne tiendra jamais ses promesses, sauf pour les très hauts revenus (qui constituent également l’écrasante majorité des parlementaires). Fondée sur les principes de la capitalisation et de la privatisation des retraites, la LPP est non seulement infiniment plus coûteuse que l’AVS, mais également infiniment plus fragile et plus inégalitaire.

En presque 40 ans, le 2e pilier a accumulé 1 200 milliards de réserves (mille deux cents milliards, soit 1,5 x le PIB de la Suisse de 2023 !), et ne permet d’assurer, avec l’AVS, 60% du revenu antérieur qu’aux travailleurs-euses dont le salaire dépasse 7 350 frs en moyenne mensuelle durant 44 ans ! Inégalitaire en termes de classes sociales, la LPP l’est également en termes de genres : en 2022, elles n’étaient que 49,9% à toucher une rente LPP contre 68,9% des hommes, et lorsqu’elles en touchaient une, son montant était inférieur de 44% à celle d’un homme.
Réformer le 2e pilier sans remettre fondamentalement en cause ses principes ne peut donc aboutir qu’à poursuivre inexorablement le chemin impraticable du payer plus pour toucher moins.

Oser penser une super-AVS

Sortir de cette impasse implique donc de cesser d’alimenter le 2e pilier pour renforcer massivement l’AVS. Car il est illusoire de penser pouvoir augmenter massivement le financement et les rentes de l’AVS sans cesser de dilapider chaque année 63 milliards de cotisations dans les caisses de pension.
Une telle réorientation des contributions aux retraites permettrait non seulement de financer facilement la 13e rente AVS, mais également d’au moins doubler la rente annuelle AVS, et ceci sans débourser un seul centime de plus qu’actuellement. Quant aux 1200 milliards de réserves, ils permettraient de garantir transitoirement les droits acquis des pensionné-e-s jusqu’à extinction des engagements, sous déduction du montant des rentes de la nouvelle super-AVS ainsi créée.

Ajouté aux autres sources actuelles, de nature fiscale, de financement de l’AVS, ce système permettrait également d’envisager un vrai système de retraite anticipée pour les métiers physiquement pénibles, mutualisé et solidaire, y compris pour certains métiers fortement féminisés et mal rétribués.
Nous en sommes bien conscient-e-s : vu les majorités politiques au pouvoir en Suisse, une telle perspective peut paraître bien utopique. Mais c’est bien de cela dont les salarié-e-s manquent cruellement aujourd’hui : d’un mouvement syndical qui ose penser et articuler une perspective ambitieuse capable de donner l’élan nécessaire pour sortir de l’ornière.

Davide De Filippo

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