économie domestique

Union européenne de la précarité

Une large enquête européenne a été lancée pour comprendre les causes profondes des problèmes rencontrés par les employé-e-s de maison et les aides à domiciles.

Enquête ● Essentielles partout, précaires partout. Tels sont en substance les constats d’une large enquête menée par l’Union européenne sur les conditions de travail et de vie des employé-e-s de maison, nounous, garde-malades, femmes de ménages et aides à domicile.

Essentielles et précaires

La pandémie causée par la COVID-19 a mis en évidence comme jamais le caractère essentiel du travail fourni par les employé-e-s de maison et les aides à domicile et leur rôle fondamental à l’essor économique d’un pays.

Face au désastre vécu par les employé-e-s de maison et aides à domicile qui représentent approximativement 4 % des emplois en Europe, la Commission européenne a cofinancé avec les partenaires sociaux du secteur une large enquête dans le but d’identifier les causes profondes des problèmes auxquels sont confronté-e-s les travailleuses et travailleurs domestiques et aides à domicile. Employeurs, employé-e-s et entreprises ont répondu à un questionnaire en ligne disponible pendant 70 jours au début de l’année 2024.

L’enquête menée dans 27 pays a recueilli un total de 6 523 réponses auprès de plus de 4 000 travailleurs-euses (96 % de femmes), environ 2 000 utilisateurs de services et utilisateurs-employeurs, et 157 entreprises, ce qui en fait la plus grande enquête européenne jamais réalisée sur le secteur des services personnels et domestiques (ci-après PHS-Personal and Household Services).

Crise grave et persistante de pénurie de personnel

Les résultats de l’enquête ont mis en évidence une crise grave et persistante de pénurie et de rotation de la main-d’œuvre ce qui compromet la qualité des services et des conditions de travail.

Plus de la moitié des travailleurs-euses interrogé-e-s ont déclaré qu’ils-elles ne pensaient pas que leur emploi serait viable jusqu’à l’âge de la retraite. 57 % d’entre eux-elles ont déclaré avoir envisagé de quitter le secteur au cours des trois dernières années. La faiblesse des salaires est la raison la plus fréquemment citée par les travailleurs-euses pour expliquer pourquoi ils et elles ont envisagé de quitter leur emploi.

Les travailleurs-euses des services personnels et domestiques employé-e-s directement et les indépendants sont légèrement moins préoccupé-e-s par la rémunération, mais déclarent travailler un nombre d’heures beaucoup plus important et à un rythme plus élevé que les travailleurs-euses employé-e-s par une entreprise et avoir un moins bon équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée en particulier s’ils et elles résident chez l’employeur.
Les normes de santé et de sécurité dans les secteurs PHS restent inégales et incohérentes. À peine 40 % des travailleurs-euses interrogés ont déclaré avoir reçu des formations en matière de santé et de sécurité dans le cadre de leur travail.

Malgré les nombreux problèmes auxquels ils-elles sont confrontés, les travailleurs-euses des PHS, dans leurs réponses libres, partagent souvent un sentiment de dignité et de fierté, et reconnaissent l’importance de leur travail.

Un personnel exploité

Ce qui ne ressort pas du rapport c’est qu’en raison du manque de personnel qualifié et disposé à faire un travail pénible et peu valorisé, les particuliers trouvent leur bonheur auprès de personnes en situation irrégulière dans l’obligation d’accepter des conditions de travail en dessous des minima légaux pour survivre. En transposant ces résultats à l’échelle genevoise, les constats se ressemblent. Pénurie de personnel soignant, manque de place en crèche, population vieillissante résidant à domicile et nécessitant de plus en plus de soins et d’aide pour accomplir les tâches de la vie quotidienne, noyau familial avec les deux parents qui travaillent et non reconnaissance de la valeur du travail de soins à la personne sont autant de facteurs qui ouvrent un champ à la précarisation des employé-e-s de maison et de soins à domicile sans papiers. Un secteur fortement touché par l’exploitation de la force de travail et la traite d’êtres humains en Suisse aussi.

Mylene Soto, militante commission migration, et Mirella Falco

Téléchargez le rapport (en anglais) 

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