Austérité ● Tout simplement ahurissant. Le rapport du « groupe d’experts » chargé par le Conseil d’État d’élaborer des pistes d’économies pour la période 2027-2029 (« Rapport Zuin », du nom du président dudit groupe) constitue une offensive politique d’une rare brutalité contre les prestations publiques et la solidarité sociale. Derrière les tableaux Excel, les comparaisons intercantonales partielles et partiales, et le jargon technocratique, une réalité apparaît clairement : ce sont les personnes âgées, les jeunes, les travailleuses et travailleurs à temps partiel, les bénéficiaires de l’aide sociale et toutes celles et ceux qui dépendent des prestations publiques qui paieront la facture des cadeaux fiscaux distribués aux plus riches depuis des décennies.
Les vieux-eilles à la caisse !
Les attaques contre les personnes âgées sont particulièrement scandaleuses. Le rapport propose d’aligner à la baisse les prestations complémentaires cantonales sur la moyenne suisse et de supprimer les abonnements TPG à prix réduit pour les retraité·es. Autrement dit : réduire les moyens de celles et ceux qui vivent déjà avec le minimum vital et restreindre encore davantage leur mobilité et leur autonomie. Dans un canton où le coût de la vie explose, où les loyers et les primes maladie étranglent les ménages, ces mesures sont indécentes.
Mais ce n’est pas tout, le rapport préconise également d’augmenter la part du prix de pension des EMS à charge des pensionnaires, et pour les plus pauvres d’entre-eux-elles qui touchent justement des prestations complémentaires (et ils-elles sont nombreux-ses), de supprimer les chambres individuelles, seul espace d’intimité restant à ces personnes qui ne sont pas là par choix, mais parce que leur état de santé ne leur permet plus de vivre à domicile.
Temps partiels pénalisés
Autre mesure particulièrement cynique : la prise en compte du taux d’activité dans le calcul du RDU, le revenu déterminant unifié qui ouvre le droit à de nombreuses prestations sociales. Conséquence visée : pour les personnes travaillant à temps partiel, la réduction des subsides pour les primes d’assurance-maladie et de toutes les autres allocations ou aides sociales se basant sur le RDU. Cette mesure vise directement les travailleuses et travailleurs précaires, les familles monoparentales et les personnes aux parcours professionnels fragmentés.
Une mesure socialement inique, et qui frappe principalement les travailleuses, nombreuses à être contraintes au temps partiel en raison de l’inégalité persistante de la répartition du travail non rémunéré de care, et des lacunes du service public en la matière, au premier rang desquelles la pénurie de places en crèches.
Précaires et jeunes dans le collimateur
Le rapport s’attaque également frontalement à l’aide sociale, avec la suppression de certaines prestations circonstancielles, qui permettent pourtant de faire face à des dépenses exceptionnelles pour les plus précaires des précaires.
Les jeunes ne sont pas épargné-e-s non plus : suppression de la gratuité des abonnements TPG, augmentation des taxes universitaires, hausse du nombre d’élèves par classe, le rapport prépare un recul massif des conditions d’accès à la formation, dans un contexte d’attaques au financement des écoles et au revenu des étudiant-e-s avec la réduction du salaire minimum qui leur est applicable et la tentative de la droite de réduire leur droit à l’aide sociale.
Et la liste est encore longue, à commencer par des coupes dans le financement des HUG, une déqualification des soins infirmiers, et de nombreuses attaques aux conditions de travail et aux effectifs des services publics (lire également en page 10).
La réponse se doit donc d’être à la hauteur de l’attaque : toutes et tous dans la rue. En juin, cet automne, et tant qu’il le faudra.
Davide De Filippo