Initiative fédérale ● Une fois de plus, l’UDC impose son agenda identitaire pour la mise en place d’une politique où souveraineté rime avec rapacité et égoïsme, en s’appuyant sur le lobby Pro-Suisse. L’initiative « pour la neutralité » serait censée renforcer la sécurité de la Suisse avec une neutralité stricte et armée, interdisant de reprendre des sanctions contre des États belligérants. Pour la vendre, l’UDC prétend qu’elle devrait « nous protéger des guerres ». Mais nous ne sommes pas dupes : la dernière guerre à laquelle la Suisse a été confrontée date de… 1847, et c’était une guerre civile ! Avec un autre pays, il faut remonter à 1798 avec l’invasion par la France bonapartiste ! Depuis, rien du tout. Nul besoin, donc, de renforcer la neutralité pour échapper à des guerres. Quelle est alors la vraie raison de l’initiative ?
Business as usual
L’objectif est en fait simplement de pouvoir continuer à commercer avec des pays en guerre, voire génocidaires, comme aujourd’hui avec la Russie ou Israël, pour ne citer que ceux-là. Ce faisant, elle s’inscrit dans une longue tradition de « neutralité » à but économique. Comme l’écrivait Châteaubriand en 1797 : « Neutres dans les grandes révolutions des États qui les environnaient, les Suisses s’enrichirent des malheurs d’autrui, et fondèrent une banque sur les calamités humaines ».
Rappelons en effet que, de la même manière, la bourgeoisie suisse a refusé de prendre des sanctions économiques demandées par la Société des Nations en 1935 et 1936 contre l’Italie de Mussolini et le Reich d’Hitler. Rappelons aussi que la Suisse a contourné systématiquement l’embargo sur les armes et les limitations d’investissement à destination du régime d’apartheid d’Afrique du Sud entre les années 60 et 1990, trop intéressée par les intérêts commerciaux, dont les exportations d’armes et les importations d’or. C’est le cas pour d’innombrables autres situations d’embargo et de sanctions contournées.
En 2026, cette même bourgeoisie tente de limiter par tous les moyens la responsabilisation des multinationales pour le respect des droits humains, des droits du travail et de l’environnement, et de pouvoir. Elle cherche également à réduire les limitations à l’exportation de matériel de guerre, une autre loi contre laquelle nous voterons en novembre prochain. Enfin, avec cette initiative, la volonté est claire, c’est celle de continuer à commercer « en paix » avec des pays en guerre !
Droits humains comme boussole
De fait, la neutralité suisse est un mythe, au même titre que sa « propreté », ses vaches, « son » chocolat ou son « partenariat social ». Seule au cœur de l’Europe sans matières premières, la Suisse n’a ni le rapport de force ni les capacités d’autarcie qui lui permette de s’affirmer neutre. À l’échelle mondiale, elle est clairement alignée sur les positions occidentalo-centrées.
S’il y a un enjeu, par contre, que la Suisse devrait défendre, en lien avec son image et qui est compatible avec les revendications syndicales, c’est celui des droits humains, partout dans le monde, et de se donner des lignes d’actions cohérentes avec cette défense-là, en condamnant leurs violations. Ce serait cohérent avec le rôle des organisations internationales sises en Suisse, telles que l’ONU, le HCR ou le CICR.
Cela n’a toutefois rien à voir avec ce que propose cette initiative, et ce programme est bien entendu aux antipodes de ce que promeut la majorité PLR-UDC au pouvoir.
Contre cette vision d’une Suisse cupide et hypocrite, votons NON à l’initiative pour la neutralité le 27 septembre.
Jean-Luc Ferrière