Édito

Röstigraben

Mais quelle mouche l’a piqué ? Après avoir nié le réchauffement climatique, promu le développement des autoroutes, contribué activement à l’affaiblissement de la loi climat, et préconisé le retour à la production d’énergie la plus dangereuse du monde (le nucléaire), voilà qu’Albert Rösti, conseiller fédéral UDC en charge de l’énergie et de l’environnement, annonce la bouche en cœur débloquer 75 millions pour venir en aide aux paysans et aux forêts suite aux canicules de l’été 2026.

Si la situation n’était pas aussi dramatique, on devrait en rire, à tel point cette annonce est proprement
ridicule.

D’abord parce qu’une part de ces « aides », 17 millions pour le reboisement des forêts adapté au réchauffement climatique, n’est qu’un rétropédalage sur la décision de couper ce montant prise en… août, alors que la Suisse suffoquait depuis plusieurs mois sous un soleil de plomb, faisant face à une sécheresse d’une ampleur inédite. Mais où se trouvait-il donc il y a un mois pour ne pas voir les lacs et cours d’eau asséchés, et les incendies gigantesques dévastant l’Europe ? Dans une datcha de Vladimir dans la périphérie de Mourmansk ? Dans un bunker climatisé sous le Palais fédéral ? Ou tout simplement sur une autre planète ?

Ensuite parce l’aide aux paysans n’est qu’un prêt. Quelle générosité ! Un prêt de 54 petits millions, petit susucre balancé surtout à l’attention de l’agrobusiness. Voilà un pas décisif dans la promotion d’une agriculture durable et d’une alimentation saine et respectueuse des limites planétaires, tandis que de l’autre côté la Confédération s’échine à conclure des accords de libre-échange écocides avec la Malaisie et le Mercosur…

On apprend également dans la presse que le bougre ne s’attendait pas à un été aussi chaud. Albert Rösti est sans doute trop occupé à mettre en œuvre le programme des lobbies de la bagnole et de l’atôme pour avoir le temps de lire les rapports du GIEC. Mais ce serait être trop magnanime avec notre ministre de l’environnement. En réalité, l’aveuglement dont il fait l’objet est parfaitement volontaire. Pire encore, il tente de crever les yeux de l’administration fédérale et de la population : voici que le preux chevalier du capitalisme extractiviste biffe la participation de la Confédération au programme de recherche européen Copernicus sur le climat et l’environnement. Et last but not least, l’adorateur de Donald Trump s’inspire de ce brillant esprit en interdisant aux services de son département d’utiliser le mot « climat »…

Jusqu’à maintenant, le « Röstigraben » désignait le fossé culturel et politique qui sépare parfois la Suisse romande et la Suisse alémanique les dimanches de votation. Mais aujourd’hui, on peut donc sans hésiter lui attribuer une nouvelle signification : il s’agit de la distance intersidérale qui sépare notre gouvernement de la réalité.

Une réalité qu’il nous appartient de faire entendre. Car si Albert Rösti, et ne l’oublions pas, la majorité de droite et la bourgeoise capitaliste qui n’a d’horizon que le maintien de leurs profits au détriment de la planète, sont aveugles, ils-elles ont encore des oreilles. Le 19 septembre prochain, il s’agira donc de crier très fort nos exigences de changement de cap. Pour que le Röstigraben ne désigne jamais la tombe dans laquelle il nous aura enterré-e-s.

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