CPEG

Le trouble obsessionnel compulsif de la droite

La droite repart au combat sur la caisse de pension de l’État de Genève. Une constante depuis plus de dix ans, qui confine au pathologique. SITinfo tente d’en trouver l’origine.

(Psych)analyse ● C’est désormais officiel, c’est bel et bien d’un trouble obsessionnel compulsif dont la droite souffre à propos de la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG). À l’occasion d’une remontée à l’ordre du jour du Grand Conseil d’un vieux projet de loi PLR, la voici qui s’agite, se met à taper des mains, frapper des pieds frénétiquement, et glapir bruyamment, au risque de s’étouffer dans une tornade d’excitation incontrôlable, formée de colère vengeresse et de joie compulsive de pouvoir s’en prendre une nouvelle fois à cette pauvre caisse de pension. « Mais pourquoi tant de haine ? », peut-on légitimement s’interroger. Afin de comprendre, nous avons invité la droite à prendre place sur un divan et à nous parler de son enfance, à la recherche d’un traumatisme originel qui pourrait l’expliquer.

Parlez-nous de votre enfance. On vous a piqué un petit pain dans la cour d’école ?
Oui et non. En fait, on n’a pas réussi à prendre tous les petits pains pour nous, on a dû en laisser quelques miettes aux autres, et maintenant on essaie juste de les récupérer.

Vraiment ? Ça a l’air horrible ! Racontez-nous ce qu’il s’est passé.
C’était dans les années 70. Il y avait trop de personnes âgées qui quémandaient de l’argent dans la rue, car l’AVS ne suffisait pas à leur permettre de manger. Alors on a inventé le 2e pilier (LPP) en 1985. C’est là qu’avec nos amis banquiers et assureurs, on a eu un coup de génie. Plutôt que d’augmenter simplement les cotisations AVS et financer ainsi de meilleures retraites, on a mis sur pied un système fondé sur la capitalisation : on prélève des cotisations, mais plutôt que de les reverser directement aux retraité-e-s, on place ces milliards sur les marchés financiers pour alimenter la machine capitaliste et augmenter ainsi les profits des riches. Malin, non ? Et lorsqu’il n’y a plus assez d’argent pour payer les rentes, hop, on les diminue automatiquement sans aucune voie de recours, ni juridique ni démocratique ! Ça s’appelle la « primauté de cotisation », l’invention du siècle !

Mais alors, où est le problème ?
C’est là qu’on n’a pas réussi à piquer tous les petits pains. Parce qu’il existait déjà des caisses de prévoyance, notamment dans le secteur public, avec un système de répartition et de primauté de prestations (où l’on fixe les cotisations des actifs-ves en fonction de ce que l’on doit verser aux retraité-e-s), on a dû concéder la survivance de ce système plus solidaire et moins cher. Mais en 2010, on a trouvé la parade : au parlement fédéral, on a fait passer une loi qui oblige quand même ces caisses à capitaliser et donc à alimenter les marchés financiers de plusieurs milliards, en leur imposant d’augmenter massivement leurs réserves alors qu’elles n’en avaient nullement besoin. On s’est ensuite mis au travail pour qu’à Genève, ce soient les employé-e-s qui passent à la caisse pour procéder à cette recapitalisation.

C’est là que les ennuis ont commencé ?
Oui. Parce que les syndicats ne se sont pas laissé faire. Lors de la fusion de la CIA et de la CEH en 2014, ils ont réussi à préserver la primauté de prestations et une répartition des cotisations favorable aux employé-e-s, où ce sont les employeurs, et donc l’État, qui en paient les 2/3. Là, on a commencé à mal dormir, parce que c’était très contrariant, et on n’en a pas l’habitude à droite. Mais bon, ils ont quand-même dû lâcher une augmentation massive des cotisations et des baisses de rentes. Et pour nous, l’essentiel était de prélever des milliards supplémentaires dans leurs poches et celles de l’État pour les balancer sur les marchés financiers et continuer d’alimenter la machine capitaliste.

Ok, mais alors, pourquoi encore tant d’agitation dès que l’on prononce les lettres « CPEG » ?
Aaaaaaargh, arrêteeeez ! Mais parce qu’on s’est fait avoir ! Figurez-vous qu’ils ont mis tellement de temps à négocier que cela n’a pas suffi, et que dans l’intervalle on a artificiellement baissé le taux d’intérêt. Il a donc fallu procéder à une nouvelle recapitalisation en 2019. Et vous savez quoi ? Alors qu’on avait là une nouvelle occasion de péter la primauté de prestations et de faire payer la moitié des cotis aux employé-e-s, les syndicats ont lancé et gagné une initiative qui non seulement maintenait tous les acquis, mais qui en plus permettait de recapitaliser la caisse par un transfert de terrain de l’État au capital de la CPEG ! Des terrains sur lesquels on lorgnait avec appétit légitime pour nous faire encore plus de fric ! Salauds ! Voleurs de petits pains ! Rendez-les-nous !

Du calme, du calme, je crois qu’on a trouvé la source de vos crises.
Snif… oui, snif… merci docteur, je me sens vraiment soulagée. Cela dit, ce n’est pas pour autant qu’on va en rester là. On a réexhumé un vieux projet de loi qui prévoit une répartition des cotisations 50-50% entre employeurs et employé-e-s, et on l’a renvoyé en commission pour voir si on n’en profiterait pas pour retenter le coup de passer en primauté de cotisations. Et en plus avec le rapport Zuin qui nous donne des tas d’idées de chantages, ils vont voir ce qu’ils vont voir…

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