Entre la campagne nauséabonde de l’extrême-droite contre les étrangers-ères et de division des travailleurs-euses, la tentative du Conseil d’État de tordre le vote de la population sur l’ouverture dominicale des magasins, l’arrivée prochaine sur le tarmac genevois du milliardaire-président qui lâche ses troupes de tarés fascistoïdes et criminels aux trousses des travailleurs-euses immigré-e-s aux États-Unis, et le risque de putch parlementaire mené par la droite aux ordres du patronat genevois, nous avions déjà de très nombreuses raisons de lancer des appels à résistance ce mois de juin. Mais avec la publication du « Rapport Zuin », nous en avons une de plus, et pas des moindre.
Alors reprenons. Dans l’ordre. D’abord la campagne contre l’initiative hypocrite et dangereuses de l’UDC. Voilà que l’inénarrable Comité d’Egerkingen, sous-officine du plus grand parti d’extrême-droite de Suisse, apporte sa contribution haineuse à la campagne, sous la forme indigne d’un jeu vidéo islamophobe où un vaillant douanier repousse des migrant-e-s à la frontière, en ciblant particulièrement les familles nombreuses et les femmes voilées, pour protéger « les marchés de Noël, les coiffeurs des barbiers, les restaurants traditionnels suisses des bars à chicha ». Et il y en a encore qui osent prétendre que l’initiative de l’UDC n’est pas xénophobe, voire raciste ?
Autre suprémaciste blanc affirmé, Donald Trump, à qui l’on doit le retour des rafles en chemises brunes et la relance sans limite du saccage de la planète, non sans s’octroyer, à lui et à sa famille, un droit de frauder le fisc à vie, et à se rendre complice actif du génocide en cours à Gaza (si, si, la pax americana 2.0 célébrée par l’infâme Gianni Infantino n’empêche pas la poursuite du massacre), s’apprête à traverser le territoire genevois, pour se rendre ensuite au G7 d’Évian. Et, nous, il faudrait qu’on se taise, parce quelques vitrines vaudraient plus que les droits démocratiques ?
Droits démocratiques qui, rappelons-le, reposent également sur le principe de la séparation des pouvoirs, un principe largement piétiné par la droite parlementaire, qui veut s’arroger le droit de décider à la place de l’exécutif de la manière d’assurer l’ordre public entre le 10 et le 18 juin, sans résistance annoncée du Conseil d’État, qui a pourtant le moyen constitutionnel de bloquer ce véritable putch parlementaire (le vote n’a pas encore eu lieu au moment où nous mettons sous presse).
Mais de la part d’un Conseil d’État qui tente de confisquer la possibilité de la population de dire NON à l’ouverture des magasins le dimanche, on ne s’étonnera plus.
Alors voilà que tombe à point nommé le « Rapport Zuin », 220 pages d’inepties et 77 mesures d’austérité pour économiser près de 900 millions de francs par an sur le dos des plus précaires, des aîné-e-s, des jeunes, de la qualité des soins et du personnel des services publics. Pourtant, lorsque la droite et le Conseil d’État faisaient campagne il y moins de deux ans pour baisser les impôts des plus riches, ne juraient-ils-elles pas leurs grands dieux que le Canton de Genève pouvait se le permettre sans toucher aux prestations ?
Le « groupe d’experts » décomplexés qui a commis ce rapport a même poussé le vicejusqu’à suggérer quelques recommandations pour favoriser la mise en œuvre de son plan de saccage du contrat social, dont mettre son pilotage opérationnel dans les mains des plus hauts cadres de l’État (comprenez : en dehors de mains démocratiquement élues et par conséquent trop à risque de tremblements), quitte à les flanquer d’un « chef de projet » pour les aider (ndr. Elon Musk ?).
Mais soyons honnêtes et magnanimes, il a y un point sur lequel le « Rapport Zuin » ne se trompe pas : pour le mettre en œuvre, il va falloir surmonter les « résistances institutionnelles, syndicales ou sectorielles ». On salue autant de clairvoyance.
Davide De Filippo