Hautes écoles

Sous le prestige, la honte

L’État de Genève va-t-il continuer de tolérer que l’IHEID économise sur le dos des assistant-e-s d’enseignement et reporte la charge sur le filet social ?

Précarité ● Le conflit entre l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) et les assistant-e-s d’enseignement n’a jamais été résolu quoi que des députés aient affirmé. Tandis que ces travailleurs-euses sont en lutte depuis 2021 contre la précarité imposée par leur prestigieux employeur, la question de leur revenu et de leur protection sociale insuffisants retourne dans le champ politique après le dépôt d’une question écrite en mai 2026 par un parlementaire.

En 2021 et en 2022, les contrats à 100 % des assistant-e-s d’enseignement ne respectaient pas le salaire minimum genevois. Lorsque ce personnel a demandé à son employeur de respecter ce dernier, il a répondu en réduisant artificiellement le taux d’activité de 100 % à 45 %, sans modification de la charge. Diplômé-e-s d’un master, pour certain-e-s parents et travaillant dans les faits à temps plein, comment vivre dignement à Genève avec 3211 frs nets par mois ?

Fumeux tour de passe-passe

Leur contrat de travail comprend une rémunération de 38 532 frs nets par an, constituée d’un salaire (1917 frs bruts/mois, pour un taux artificiel de 45 %, tâches d’assistanat), auquel vient s’ajouter une bourse pour le travail de thèse (1 541 frs nets/mois, tâches de recherche). Or, le travail de thèse est obligatoire pour obtenir et garder le contrat de travail. Mais contrairement à leurs collègues assistant-e-s de recherche et aux assistant-e-s d’enseignement des autres universités suisses qui ont un salaire à minimum 75 %, l’IHEID ne salarie pas leur recherche. L’Institut affirme même que la thèse constitue un « projet de développement personnel » !

Ce modèle a des conséquences importantes, les cotisations sociales n’étant prelevées que sur 1916 frs bruts par mois. Un choix assumé par l’IHEID dans une note de 2015 : « le nouveau mode de rémunération entraîne une diminution des charges sociales pour l’employeur ». Autrement dit : la division entre salaire et bourse permet d’économiser sur le dos des universitaires déjà les plus précaires.

Pétition en 2023

Les demandes du personnel sont notamment de réunir la bourse et le salaire en un salaire unique et d’augmenter le taux d’activité à la réalité du travail effectué (soit en général 100 %), afin d’obtenir un revenu net au minimum légal genevois et une protection sociale pleine.

L’IHEID persistant dans son refus, en 2023 le SIT et l’Association des Assistant-e-s (ADA) ont déposé au Grand Conseil la pétition « Un contrat et des salaires décents pour les assistant-e-s d’enseignement de l’IHEID » munie de 916 signatures du secteur de l’enseignement supérieur genevois. Ce soutien fort signalait tant une solidarité envers ce personnel qu’envers une fonction importante dans le secteur : celle d’assistant-e. Car l’IHEID non seulement dégrade cette fonction mais dévalorise le travail de recherche de thèse.

Députés mal renseignés

Alors qu’en commission des pétitions, une majorité s’est prononcée en sa faveur, lors de la séance du Grand Conseil du 31 mai 2024, des députés ont affirmé que le problème était réglé. Un député a dit que Charles Beer (du Conseil de fondation) l’avait informé que l’IHEID et ses assistant-e-s avaient trouvé une solution, et qu’il n’y avait plus besoin de l’intervention du Grand Conseil. Pourtant, les assistant-e-s d’enseignement n’ont pas obtenu d’amélioration concrète ni de leur revenu, ni de leur protection sociale ! Le problème perdure encore. Seule nouveauté : en mai 2026 un député a déposé une question écrite.

Stop au report de charge sur le filet social genevois

Il y a trois ans, à la mobilisation des assistant-e-s le Conseil de fondation a répondu s’inquiéter que le filet social genevois ne fonctionne pas mieux et leur a conseillé de se tourner vers la banque alimentaire. Le Conseil d’État va-t-il continuer d’accepter qu’une institution recevant 33 millions d’argent public, dont 17 du Canton, sous-paye la partie la plus précaire de son personnel et reporte la charge sur le filet social genevois ?

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