Construction

Prêts à se battre

Des centaines de maçons genevois en colère votent des mesures de lutte reconductibles pour défendre leurs acquis locaux.

Mobilisation ● Plus de 600 travailleurs de la construction exigent le rétablissement immédiat de l’annexe 13 de la convention nationale et le retour des patrons genevois à la table des négociations pour mettre en application cette dernière.

Réunis en Assemblée générale à l’appel des syndicats SIT, Syna et Unia le 6 juin dernier sur la plaine de Plainpalais, les maçons genevois ont laissé éclater leur colère face à ce qu’ils considèrent comme une attaque sans précédent contre leurs salaires et leurs conditions de travail mais également contre leur dignité.

Dans un esprit combatif et solidaire exemplaire, ils ont pris à l’unanimité une décision forte : faute d’accord avec la section genevoise de la Société Suisse des entrepreneurs (SSE), ils entreront dans une lutte reconductible sans précédent également dès l’automne prochain.

Cette très forte mobilisation marque un tournant majeur dans le conflit qui oppose les travailleurs au patronat. Elle démontre leur détermination à gagner la partie de bras de fer que leur a imposé le patronat, mais également que la campagne de propagande mensongère et indigne que ce dernier a orchestré contre leurs syndicats n’avait ébranlé ni leur certitude ni leur confiance.

« Nous ne laisserons pas le patronat nous voler 400 frs par mois »

La colère légitime des travailleurs fait suite à la dénonciation unilatérale de l’annexe 13 de la Convention nationale par la SSE pour le 31 décembre 2026, ainsi qu’à son refus d’ouvrir des négociations sur la convention locale. Dès le 1er janvier 2027, les conséquences pour le porte-monnaie des maçons et leurs familles seront aussi immédiates que brutales. Avec la suppression de la pause payée et la remise en cause d’une indemnité journalière de 25 frs, acquise de haute lutte en 2009, c’est jusqu’à 400 frs par mois que les patrons leur retireront de leurs fiches de salaire en janvier prochain. Mis à l’échelle des 5000 travailleurs qui sont occupés dans le secteur (4000 fixes et 1000 temporaires), c’est ainsi 120 millions qu’économisera le patronat sur le dos de son personnel en 5 ans.

Au moment où la SSE annonce fièrement dans un communiqué du 27 mai dernier que le secteur principal de la construction s’attend à un début d’année prometteur et une forte croissance au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires progressant de 5,6 % pour s’établir à plus de 4,9 milliards de francs, nous mesurons l’ampleur du scandale !

« Ce ne sont pas des cacahuètes qui nous seront volées. Pour beaucoup d’entre nous, 400 frs, c’est le loyer, les courses ou les factures. C’est une attaque directe contre nos familles et notre dignité, au moment où les primes d’assurances vont encore prendre l’ascenseur. C’est une honte ! » a parfaitement résumé la situation devant ses camarades chauffés à blanc, Pedro, maçon depuis 30 ans à Genève.

Une riposte à la hauteur des attaques patronales votée à l’unanimité

Après plusieurs autres prises de parole par des maçons révoltés et déterminés, l’Assemblée générale a exhorté la SSE à retirer immédiatement sa résiliation de l’annexe 13 de la CN et à ouvrir sans délais des négociations avec leurs syndicats. En cas de refus, elle a décidé à l’unanimité de prendre des mesures de lutte fortes, dès l’automne, pour récupérer droits et acquis.

Dans l’intervalle, elle a appelé à la mobilisation générale sur les chantiers genevois et au renforcement des actions syndicales dans toute la branche.

Que les patrons se le disent, si l’été risque d’être caniculaire, l’automne, si ces derniers ne devaient pas retrouver un semblant de lucidité et de décence, risque lui d’être infernal.

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