Droits politiques ● La votation en faveur des droits politiques des étrangers-ères établi-e-s depuis 8 ans à Genève aura lieu le 9 juin prochain. Pour donner la possibilité de s’exprimer sur cette question à celles et ceux qui ne peuvent pas encore le faire, le SIT est allé à leur rencontre. Une urne a ainsi parcouru chantiers, salles de pauses et manifestations avec un unique objet de vote : êtes-vous favorable au droit de vote des étrangers-ères ? Sur les 761 bulletins rentrés, seule une petite vingtaine des personnes interrogées ne s’y déclarent pas favorables. Un véritable plébiscite. De quoi faire voler en éclat l’argument des opposant-e-s qui prétendent que les étrangers-ères ne sont pas intéressé-e-s par la politique à Genève.
Plébiscite sur le terrain
Des visites de chantier ont été organisées avec l’urne au mois de mai. Le SIT voulait donner aux travailleurs-euses de la construction, secteur où les étrangers-ères sont très fortement représenté-e-s, la possibilité de s’exprimer sur l’initiative « Une vie ici, une voix ici » à travers un scrutin anonyme. Les discussions avec les travailleurs-euses ont été très enrichissantes, au point que même les travailleurs-euses frontaliers-ères, pourtant pas concernés par l’objet de la votation, ont donné leur plein soutien à l’initiative.
Par ailleurs, les militant-e-s du secteur de la construction ont aussi été actifs-ves au sein des associations espagnoles et portugaises. Là aussi l’initiative a eu un écho très favorable. Le résultat de cette campagne est très positif. Au total, une trentaine de chantiers, pour environ 300 personnes, ont été interpellés. L’initiative y a rencontré un franc succès. Les membres étrangers-ères du SIT ont visiblement envie de voter.
L’expérience municipale
S’appuyant sur la faible participation des étrangers-ères aux votations municipales, les opposant-e-s en déduisent que l’extension de leurs droits politiques ne correspond pas à un besoin. Didier Ruedin, chercheur s’intéressant aux droits politiques des étrangers-ères à l’Université de Neuchâtel, relativise quant à lui l’idée d’une plus faible participation des personnes étrangères : « La participation politique des étrangers-ères est influencée par les mêmes facteurs que celle des Suisses. Par exemple, on sait que les personnes plus âgées votent plus. La population étrangère étant en moyenne bien plus jeune, elle a moins tendance à voter comme c’est le cas chez les Suisses plus jeunes. » En résumé, les étrangers-ères votent autant que les Suisses avec qui ils-elles partagent certaines caractéristiques comme l’âge, ou encore le métier ou les études.
Du vote municipal au vote cantonal
Enfin, un autre critère a été beaucoup entendu lors des tournées avec l’urne : celui de l’intérêt pour les objets. Si le droit de vote municipal attire moins les étrangers-ères, c’est que les objets intéressent moins. Les enjeux des votes municipaux sont généralement moins importants que les enjeux des votes cantonaux, comme le salaire minimum, la fiscalité, la protection des locataires, ou encore la qualité de l’accueil dans les crèches. D’ailleurs cela se ressent dans le taux de participation qui est souvent plus élevé quand les sujets intéressent la population. Le vote sur la 13e rente à mobilisé plus de la moitié des votant-e-s alors que d’autres dimanches de votation voient des taux de participation plafonner à 35%.
L’octroi des droits politiques aux résident-e-s étrangers-ères au niveau cantonal après 8 ans de résidence est une revendication raisonnable et légitime. Votons et faisons voter OUI.
Martin Malinovski et Julien Repond