Services publics

Nouvelle attaque contre le personnel des services publics

Le Conseil d’État a déposé trois projets de loi modifiant la répartition des cotisations LPP entre employeurs et employé-e-s. Réactions de Geneviève Preti, présidente du Cartel intersyndical.

Caisses de pension ● Le Conseil d’État repart à l’assaut des caisses de pension du secteur public. Le 24 avril dernier, il a déposé trois projets de lois modifiant la répartition des cotisations LPP de la CPEG, de la caisse des TPG, et de la caisse de la police et du personnel pénitentiaire. Aujourd’hui fixées à 1/3 pour les employé-e-s et 2/3 pour les employeurs, celles-ci passeraient à 42 % pour le personnel et 58 % pour les employeurs. Entretien avec Geneviève Preti, membre du SIT et présidente du Cartel intersyndical du personnel de l’État et des secteurs subventionnés.

Geneviève, que pense le Cartel intersyndical de ces projets de loi ?

Nous avons soumis les avant-projets de loi à une assemblée du personnel le 16 avril dernier, qui a voté à l’unanimité leur rejet. Ces projets de loi constituent une nouvelle attaque injustifiée contre le personnel.

Pourquoi ? Le Conseil d’État indique que cette nouvelle répartition correspond à la moyenne nationale…

C’est d’ailleurs le seul objectif politique qu’il mentionne à l’appui de ces projets : rejoindre la moyenne. Un bien pauvre objectif, et qui contribuera justement à faire baisser cette moyenne ! En réalité, la manœuvre est purement idéologique. Cela fait des lustres que la droite veut réduire la participation de l’État-employeur au financement des retraites.
Pour le personnel, cela signifie une diminution du salaire net de 1,25 à 3,25 %. C’est loin d’être insignifiant, et ça l’est d’autant moins en période d’inflation, que le Conseil d’État refuse par ailleurs de compenser intégralement.

Alors que les comptes de l’État sont bénéficiaires de 1,4 milliard ?

Oui. Il n’y a aucune nécessité économique pour l’État de reporter ainsi sur le personnel une part plus grande de la capitalisation des caisses. Et surtout pas alors que dans le même temps, le Grand Conseil a voté une nouvelle baisse d’impôt pour les plus riches, en prétendant favoriser la « classe moyenne ».
On oublie par ailleurs trop souvent que la capitalisation intégrale des caisses de pension publiques est une aberration décidée par la droite majoritaire aux Chambres fédérales. C’est un peu fort de café que les mêmes viennent nous dire aujourd’hui que les caisses publiques coûtent trop cher à l’État. Si la droite veut vraiment réduire le coût des caisses de pensions publiques, qu’elle vote à Berne un abaissement du taux de couverture. Tout le monde en profitera : le personnel, les employeurs publics, et les contribuables.
Mais le piquant dans l’histoire, c’est que cette modification de la répartition va justement dégrader ce taux de couverture.

Comment ça ?

En augmentant le libre-passage de celles-ceux qui changent de boulot et quittent la caisse avant la retraite. Alors que le taux de cotisation global ne change pas, c’est donc plus d’argent qui sortira de la caisse, ce qui va avoir un impact négatif sur le taux de couverture. Les comités des caisses concernées, dans lesquels siègent aussi des représentant-e-s des employeurs, ont d’ailleurs froidement accueilli ces projets.

Revenons à l’impact sur le personnel. Le Conseil d’État prétend le limiter en n’appliquant la nouvelle répartition qu’aux nouveaux-elles engagé-e-s.
En créant donc une fracture générationnelle et une inégalité de traitement entre les membres du personnel. Cela étant, les collègues déjà actifs-ves ne sont pas complètement à l’abri, puisqu’ils-elles subiront le même sort en changeant d’employeur et de caisse. Mais plus fondamentalement, si le personnel actuellement en place ne veut pas de cette réforme, c’est qu’il ne veut pas que leurs futur-e-s collègues soient moins bien traité-e-s. Une belle démonstration de solidarité.

Et maintenant, que va faire le Cartel ?

Une nouvelle assemblée du personnel est prévue le 20 juin (voir annonce en page 14, ndr). On y discutera des moyens de lutte. Mais quels que soient ces moyens, cela nécessitera la mobilisation du plus grand nombre possible de collègues. Ce ne sera pas facile, mais si nous arrivons à construire cette mobilisation, nous pourrons faire barrage à ces projets.

Propos recueillis par Davide De Filippo

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