Richesses

Le côté doré du fossé

Une nouvelle étude vient documenter l’accaparation par les patrons et les plus riches des richesses produites depuis l’an 2000.

Inégalités ● Depuis que les politiques néolibérales sévissent en Suisse, sous l’impulsion du PLR et de l’UDC, les inégalités se creusent : les plus riches s’enrichissent, alors que les travailleurs et travailleuses du bas de l’échelle perdent progressivement. On le voit depuis les années 90, qui ont mis fin aux politiques d’une certaine redistribution. Pourtant, ces dérives quasi tectoniques restent difficilement observables à l’œil nu, alors mêmes qu’un véritable hold-up des richesses que nous, travailleuses et travailleurs, produisons est en cours. C’est ce que contribue à nous montrer une nouvelle étude publiée sur la question*.

Concentration extrême des richesses

Le produit intérieur brut (PIB) augmente régulièrement en Suisse, car nous vivons une période de croissance de l’économie. Cette croissance est en moyenne (de 2000 à 2025) de 2,6 % par année. Toutefois, la population augmente, elle aussi. Ainsi, le PIB par habitant-e n’augmente pas autant : en moyenne (riches et pauvres confondu-e-s), la richesse par habitant-e augmente de 1,6 % par année. Mais pour ce qui est des richesses détenues dans les fortunes privées, elles, prennent l’ascenseur : elles ont augmenté de 3,9 % par année, soit 1,5 fois plus vite que la richesse totale produite (le PIB), et 2,5 fois plus vite que le PIB par habitant-e. Ainsi, ces fortunes privées, qui détenaient l’équivalent de 2,9 fois le PIB en 2000, détiennent maintenant 4,1 fois ce PIB (40 % d’augmentation), une véritable accaparation.

Sans surprise, cette fortune est de plus en plus inégalement répartie : en Suisse, le 1 % des plus riches détient 45,1 % des fortunes imposables (presque la moitié), contre 36,6 (un gros tiers) en 2000. 7 % des contribuables sont des millionnaires (1 quatorzième de la population), qui détiennent 71% de la fortune totale : on peut parler de « kleptocracie » (du grec klepto-, vol).

Un autre phénomène souligné par l’étude, déjà identifié par T. Piketti dans Le Capital au XXIe siècle, est la part grandissante des héritages : car si les fortunes augmentent, les transmissions de fortune augmentent aussi. Les héritages sont passés de 32 milliards en 2000 (6,7 % du PIB) à 100 milliards en 2025 (11,6 % du PIB), donc leur poids économique a presque doublé.

Moins de redistribution

Parallèlement, la fiscalité effective sur le patrimoine et les héritages a baissé. Le taux effectif moyen de l’impôt sur la fortune est passé de 0,35 % en 1990 à 0,28 % (sic !) en 2025. Lorsqu’on dit que les riches sont trop imposé-e-s, c’est donc largement faux. Le taux d’imposition effectif moyen sur les successions et donations a chuté de 4,6 % en 1990 à 1,5 % en 2025, soit divisé par trois ! En effet, de nombreux cantons ont supprimé l’impôt sur les héritages en ligne directe (à Genève en 2004). Ainsi, parallèlement à l’enrichissement des plus riches, ceux-ci contribuent de moins en moins aux collectivités publiques, ce qui les enrichit encore plus…

La politique, c’est l’art de piloter le collectif. Si on veut continuer à creuser les inégalités, on continue dans cette direction, comme le veulent les bourgeois, patronat, PLR et UDC. Si par contre, on veut un monde plus équilibré, moins à la merci de ces riches qui le saccagent, alors il faut corriger cette tendance, et c’est urgent ! Il faut arrêter les baisses d’impôt, qui ne profitent qu’aux plus riches, et remettre à l’ordre du jour la taxation des patrimoines, au niveau mondial, et pas seulement local.

*Fortune privée et héritages en Suisse au XXIe siècle, Marius Brülhart, Andreas Fuster, Isabel Z. Martínez, Falone Moseka, Février 2026, E4S

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