édito

Patronat pyromane

Il y a quelque chose de piquant à observer le patronat s’offusquer de l’initiative « NON à une Suisse à 10 millions » et à faire des appels du pied aux syndicats pour faire front commun. Car il faut bien le rappeler : au-delà de l’appel à voter NON à cette initiative, rien ne nous rassemble sur le contre-argumentaire à cette initiative. En effet, si l’UDC tente aujourd’hui de surfer sur les vrais problèmes que constituent par exemple la crise du logement, la mobilité ou encore la dégradation de l’environnement et du climat, force est de constater que ces problèmes non seulement résultent de sa propre politique, mais également de celle du patronat.

Car c’est avec constance que celui-ci défend systématiquement les intérêts des grands propriétaires et des spéculateurs au détriment de ceux des locataires et des travailleurs-euses, contribuant ainsi à la pénurie de logement et à l’explosion des loyers. C’est avec la même constance que le patronat s’oppose systématiquement au développement des transports publics, afin de garder la main (et les profits) sur les transports de marchandise et les déplacements professionnels. C’est aussi avec le même acharnement que le patronat s’en prend plus largement aux services publics, qu’il qualifie d’« obèses » à chaque occasion de s’en prendre à ses dépenses, comme si ces attaques n’avaient aucune conséquence sur les prestations et la précarisation croissante de plus en plus de travailleurs-euses et de retraité-e-s. La même obstination à torpiller toute tentative de politique publique volontariste et contraignante de lutte contre le réchauffement climatique, avec pour conséquence les glaciers qui fondent littéralement à vue d’œil et la multiplication de catastrophes naturelles.

Si l’UDC peut venir aujourd’hui craquer une allumette sur ce bois sec, c’est donc bien aussi le patronat qui a desséché la forêt maintenant prête à s’embraser.

Que dire encore de ce patronat genevois, qui vient aujourd’hui se lamenter de l’initiative du parti avec lequel il n’a pas hésité à faire alliance, pour conquérir ou reconquérir une majorité politique le plus à droite possible dans tous les hémicycles et exécutifs, qu’ils soient fédéraux, cantonaux ou communaux. « Vous avez franchi le Rubicon », les avait avertis la CGAS. « On s’en accommode », avait rétorqué le patronat, pourvu que la droite ainsi élargie et décomplexée puisse (tenter de) mener la politique la plus antisociale et réactionnaire possible. Et il faudrait aujourd’hui que les syndicats viennent soutenir ce patronat contre leurs nouveaux-elles petit-e-s copains-ines d’extrême-droite ?
Mais plus grave encore, en s’attaquant éhontément au salaire minimum légal, à la protection contre le travail du dimanche, ou encore à la durée maximale du travail hebdomadaire, le patronat ne fait pas qu’amasser le bois mort, il allume lui-même les foyers de l’incendie qui risque de réduire en cendres les accords bilatéraux sous les coups de butoir de leurs propres alliés.

Si ce patronat pyromane tente aujourd’hui de jouer au pompier pour tenter de sauver l’accès au marché européen, point d’« union sacrée ». Nous le laisserons se dépatouiller dans ses propres contradictions, et mènerons quant à nous notre propre campagne, fedeli alla linea, contre cette initiative xénophobe, hypocrite et dangereuse pour toutes les travailleuses et tous les travailleurs de ce pays.

Parce que ce que veut l’UDC, ce n’est pas moins d’immigré-e-s, ce sont des cohortes de travailleuses et travailleurs sans droits et donc corvéables à merci, et que l’on peut jeter comme des kleenex, sans protection sociale et sans droit au séjour, dès qu’on n’en a plus besoin. Et ce sera toujours cela d’économisé en dépenses publiques, ce qui permettra de baisser encore l’impôt des plus riches. Un programme qui ressemble furieusement à celui du patronat, et que nous combattrons sans hésitations dans les urnes et dans la rue le 14 juin prochain.

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