DIP

Éducation et bien-être des élèves sous attaque

Le 23 avril, une grève contre une vision de société exclusive qui menace les services à la population offerts par le DIP.

Austérité ● Quand, pendant les manifestations, nous crions notre colère contre les menaces aux prestations publiques, il ne s’agit pas d’un slogan. En effet, avec son nouveau projet de budget pour 2026, le Conseil d’État ne se limite pas à attaquer les conditions de travail du personnel, notamment avec la suppression de l’annuité. Au contraire, il propose une vision de société et des priorités publiques ayant des effets réels en termes de péjoration des services à la population. Au DIP, notamment, cela se traduit dans le désinvestissement de l’État de l’éducation, l’exclusion de certain-e-s élèves et la délégation au subventionné et au privé d’une série de services. Le résultat ? Un système à deux vitesses entre celles et ceux qui dépende des prestations publiques d’un côté, et celles et ceux qui ont les ressources et le réseau pour accéder à d’autres services de l’autre côté.

Prestations sociales et sanitaires en berne

Au niveau des écoles, aucun nouveau poste n’est prévu pour infirmiers-ères et médecins scolaires, conseillers-ères sociaux-ales, éducateurs-trices spécialisé-e-s, ASE, AIS, psychologues, logopédistes et psychomotriciens-nes, maître-sse-s en santé affective et sexuelle malgré l’augmentation démographique des élèves et la complexification de la prise en charge des enfants et des jeunes. Les temps d’attente pour des constats médicaux, comme par exemple en cas de maltraitance, vont s’allonger, il y aura encore moins d’espace pour des activités de prévention et le suivi individualisé des situations difficiles sera de moins en moins possible.

Pédagogie spécialisée sous-dotée

Cela a aussi des effets concrets sur les projets d’inclusion des élèves ayant un handicap : malgré les demandes de la population et le dépôt d’une nouvelle initiative populaire, le manque de postes dans les équipes de pédagogie spécialisée et la nouvelle directive sur le temps de travail des éducateurs-trices rendent impossible un accompagnement individualisé, pourtant nécessaire à l’inclusion des élèves qui rencontrent des difficultés. Les familles plus aisées peuvent compléter les prestations publiques avec l’offre dans le subventionné et le privé, souvent avec des coûts plus élevés pour l’État. Pour les autres, il ne reste que s’appuyer sur des services publics qui se dégradent. Si la co-intervention est une nouveauté intéressante introduite par la Conseillère d’État Anne Hiltpold, cela ne répond pas aux besoins et aux demandes des élèves et des familles.

Élèves issu-e-s de la migration sacrifié-e-s

Encore, en plus de l’exclusion des élèves qui viennent d’hors canton, le Conseil d’État prévoit l’augmentation du nombre d’enfants et des jeunes dans les classes d’accueil pour les élèves étranger-e-s. Cela permet au département d’économiser 19 classes seulement dans le secondaire II mais augmentera clairement des difficultés d’apprentissage plus importantes pour les élèves migrant-e-s. En parallèle, le Conseil d’État prévoit une augmentation des effectifs de police pour le nouveau Centre fédéral d’asile (CFA) de Grand-Saconnex, ainsi que de personnel pour gérer l’augmentation des expulsions due à l’ouverture du centre. Il priorise surveillance, répression et marginalisation plutôt que l’intégration.

Protection de l’enfance insuffisante

Au niveau de la protection de l’enfance et de la jeunesse, le personnel est à bout de souffle depuis des années. Chaque intervenant-e du Service de protection des mineurs doit s’occuper de 10 enfants en plus de ce qui est recommandé par la Conférence intercantonale en matière de protection des mineurs et des adultes. Le nombre d’hospitalisations sociales, c’est-à-dire d’enfants en santé accueilli-e-s aux HUG en raison du manque de lieux pour les placements, augmente chaque année et une grande partie des placements sont hors canton, avec des coûts extraordinaires pour l’État et des effets délétères pour enfants et familles.

Plutôt qu’investir dans l’éducation et l’accompagnement des enfants et des jeunes afin d’améliorer l’inclusion et l’épanouissement des élèves dans les services publics, l’État se retire progressivement de ces prestations. C’est donc contre cette vision exclusive et inégalitaire du rôle de l’État dans l’éducation et l’accompagnement de l’enfance que le 23 avril est le moment de faire grève !

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