Gros Œuvre

« Il faut être tous ensemble »

À quelques jours de l’Assemblée générale du 6 juin, discussion entre les maçons Manuel, Jean et Jésus, et David Arosa, secrétaire syndical.

Mobilisation ● Quel avenir pour les maçons ? La dénonciation de l’annexe locale à la CCT nationale de la branche (CN) génère craintes et colère sur les chantiers. Pour SITinfo, trois maçons militants et un secrétaire syndical du SIT se sont livrés à une interview croisée sur la nécessité de se remobiliser et de participer à l’Assemblée générale prévue le 6 juin sur la plaine de Plainpalais.

David, on croyait qu’un accord avait été trouvé sur la CN, et voilà qu’il faut maintenant se mobiliser de nouveau. Que se passe-t-il ?

David : Les patrons genevois essayent d’utiliser l’accord national contre les maçons du canton à travers la question du panier et de la pause payée, définis dans la fameuse « annexe 13 » de la convention nationale (CN) qui détaille les particularités locales. Vous avez compris les enjeux ? Pour l’instant, les 4 frs de panier pour 2026 l’ont fait passé de 25 à 29 frs à Genève, alors qu’il est passé de 16 à 20 frs dans le reste de la Suisse. Mais si Genève rejoint les conditions nationales dès 2027, comme l’a maintenant décidé la section genevoise de la SSE, il sera de 22,50 frs. Et la pause du matin payée à 2,9 % du salaire : terminé aussi ! Ensemble, cela fait environ 400 frs de moins par mois, et c’est sans parler de l’absence d’adaptation au coût de la vie (l’indexation) pendant cette convention de 6 ans. Ou du fait que la CN ne garantit que deux semaines de vacances consécutives contre trois ici…

Le combat n’est donc pas terminé, alors ?

Manuel : Je suis à Genève depuis 30 ans, j’ai 52 ans, c’est la première fois que les conditions se dégradent et que les salaires baissent… Je suis toujours venu aux mobilisations et c’est vrai que beaucoup de ceux qui manifestaient sont partis à la retraite. Je ne sais pas quoi penser. J’ai encore 8 ans à tirer, c’est long ! J’espère que les collègues vont se mobiliser et qu’on sera autant qu’à l’époque.

David : C’est pour ça qu’il faut absolument venir à l’Assemblée générale le 6 juin sur la plaine de Plainpalais, pour montrer une vraie présence visible aux patrons et prendre des décisions représentatives de la majorité des maçons.

Et vous, vous allez y aller ?

Jean : Je suis frontalier, j’ai 58 ans. Ca fait depuis 2014 que je suis là, j’ai été licencié trois fois ! J’ai eu plusieurs employeurs. Le premier, SORACO, a fait faillite. Ensuite j’ai travaillé chez Wallo qui a commencé à supprimer des emplois. Après sept jours de grève, on a obtenu un bon plan social qui nous a montré que la lutte paie ! Mais le secteur est de plus en plus instable. Après, j’ai enchainé mission temporaire puis chômage, puis une autre mission et retour au chômage… À chaque fois tu dois te justifier et tu perds de l’argent.. Et là perdre 400 frs ?! À la fin de l’année, ça fait un salaire entier. Sans parler du fait que je suis pénalisé pour la pré-retraite à cause de ces périodes de chômage, je vais devoir travailler plus longtemps…

Jésus : Moi j’ai 58 ans aussi, je suis à Genève depuis l’enfance. J’ai fait ma formation ici, celle de Chef d’équipe aussi par la suite, et toujours bossé au chantier. J’ai toujours eu un travail en fixe dont 30 ans dans la même entreprise, que j’ai quitté volontairement il y a neuf ans pour mon poste actuel. Je n’ai jamais été au chômage et je n’ai jamais arrêté. Je n’ai pas tellement peur pour moi, je n’ai aucune raison de baisser les bras. En novembre on était tous les trois à la grève. Il faut continuer.

Jean : Est-ce que vous croyez qu’on va arriver à obtenir quelque chose sur les paniers ? Vous partez confiants ?

David : Je suis confiant si les employeurs voient la plaine remplie de maçons. Si on est 1000 on peut partir en grève, si on est 5000 on les fait plier ! Pour la pré-retraite en 2002, il y a avait plus de la moitié du secteur, le pont du Mont-Blanc était plein et totalement bloqué !

Jean : Il faut aller à l’assemblée et être ensemble, c’est tout. Même les contremaitres se rendent compte qu’ils sont aussi concernés. Les salaires baissent au lieu de monter, c’est absurde, il faut se battre !

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