Communiqué du 25 juin 2026 de :

Le 23 juin 2026, les représentant-e-s du Conseil administratif de la Ville de Genève et du Conseil de Fondation du Grand Théâtre de Genève ont décidé de rompre unilatéralement les négociations portant sur le futur Statut du personnel et son règlement d’application. Ils et elles ont annoncé aux syndicats et à la commission du personnel du Grand Théâtre que la dernière version du projet sera déposée au Conseil municipal sous forme de Résolution sans accord avec les organisations du personnel. Ce passage en force est inacceptable et nous demandons aux représentant-e-es des employeurs de revenir à la table des négociations, comme le prévoit le Statut du personnel de la Ville de Genève en cas de transfert de son personnel vers une autre entité, ainsi que le nouveau Statut de la Fondation du Grand Théâtre adopté en vue de la réforme de la gouvernance et l’instauration d’un employeur unique.
Cette décision est d’autant plus choquante que la Ville de Genève et la Fondation du Grand Théâtre ont signés avec les organisations du personnel un document cadre de négociation, prévoyant que les principaux règlements d’application découlant du nouveau Statut seront examinés en parallèle aux négociations au gré de l’avancement des séances. A ce jour, malgré de nombreuses demandes de nos organisations, aucun projet ne nous a été remis, alors qu’ils vont déterminer de façon substantielle les conditions de travail, l’aménagement du temps de travail, le montant des indemnités pour inconvénients de service horaire ou la protection de la personnalité, par exemple. Nous demandons que le Conseil administratif renonce à déposer ce projet inachevé et respecte les principes du partenariat social en vue de négocier un accord acceptable par toutes les parties.
La Ville de Genève et la Fondation du Grand Théâtre indiquent que, après 22 séances de négociation, le projet de nouveau Statut du personnel serait arrivé à son terme et qu’il sera désormais transmis au Conseil municipal. Cette présentation ne correspond toutefois pas à la réalité du processus de négociation mené avec les représentant-e-s du personnel. Si 22 séances de négociation ont été nécessaires, c’est précisément parce que le projet de Statut présenté initialement n’était pas suffisamment abouti et qu’il a nécessité de nombreux échanges, corrections et demandes de modifications Lors de la dernière séance de négociation, de nouvelles modifications ont encore été demandées. Il est donc prématuré de présenter la réforme comme un dispositif finalisé.
Une communication publique trompeuse
Plusieurs éléments du communiqué de presse de la Ville de Genève et de la Fondation du 24 juin 2026 sont inexacts ou erronés. Par exemple :
- L’application de la grille salariale de la Ville de Genève ne concernera que le personnel fixe. Elle ne s’appliquera pas aux artistes du Chœur et du Ballet, qui restent soumis à leur convention collective de travail (CCT) ni au personnel temporaire. La portée de cette mesure est donc plus limitée que ce que laisse entendre le communiqué de presse.
- La généralisation du système d’annuités ne constituera pas un bénéfice pour l’ensemble du personnel de manière uniforme. Des membres du personnel n’en bénéficieront pas.
- L’indexation des salaires annoncée n’est pas une garantie automatique : elle reste conditionnée à l’indexation de la subvention publique, ce qui introduit une incertitude quant à son application effective.
- Les droits acquis pour le personnel actuellement sous contrat avec la Ville de Genève ne sont pas maintenus de manière générale et permanente. Pour certains droits, leur maintien est limité dans le temps, ce qui pose la question de la protection réelle des conditions actuelles à long terme.
Réuni en Assemblée générale le 20 mai 2026, le personnel du Grand Théâtre de Genève (GTG) avait adopté une résolution dénonçant l’état d’avancement des négociations sur le futur statut du personnel et appelaient les autorités à respecter leurs engagements.
Une réforme en contradiction avec les engagements culturels cantonaux et communaux
Le personnel rappelle que l’Accord sur la politique culturelle de Genève, signé le 8 décembre 2022 entre le Canton, la Ville de Genève et les communes, vise à :
- garantir un cofinancement équilibré de la création artistique et des institutions culturelles,
- promouvoir une politique culturelle cohérente, durable et inclusive,
- rééquilibrer les charges entre collectivités publiques,
- et assurer une amélioration du statut des professionnel-le-s de la culture, notamment en matière de rémunération et d’accès aux assurances sociales.
Or, le projet que le Conseil administratif veut déposer au Conseil municipal sous forme de Résolution va à l’encontre de ces objectifs en introduisant des mécanismes générateurs d’inégalités et de précarisation.
Une révision statutaire qui devait corriger les inégalités, mais qui les renforce et en introduit
La révision des statuts de la Fondation du Grand Théâtre, initiée notamment à la suite des recommandations de la Cour des comptes, avait pour ambition de :
- mettre fin à la coexistence de plusieurs statuts du personnel, source d’inégalités,
- garantir une égalité de traitement entre employé-e-s,
- assurer le respect des droits acquis, conformément à l’article 18 du statut du personnel de la Ville de Genève.
Aujourd’hui, le personnel constate que ces objectifs ne sont pas atteints. Au contraire, le projet prévoit l’instauration de conditions de travail à plusieurs vitesses, affectant différemment :
- le personnel transféré de la Ville de Genève,
- le personnel nouvellement engagé, le personnel de renfort, de salle et temporaire
Le personnel constate que certaines fonctions seront injustement maintenues en droit privé.
Des reculs majeurs des conditions de travail
Le projet de Statut du personnel et de Règlement d’application que le Conseil administratif veut déposer au Conseil municipal prévoit de nombreuses dégradations, parmi lesquelles :
- la remise en cause de droits acquis (protection contre le licenciement, indemnités, couverture maladie),
- l’allongement du temps de travail sans compensation,
- la baisse d’indemnités et la suppression de prestations sociales,
- une précarisation accrue des personnels temporaires et de salle,
- la disparition de garanties essentielles en cas de licenciement.
Des exigences claires pour une réforme équitable
Face à cette situation, le personnel exige notamment :
- le maintien intégral des droits acquis pour l’ensemble du personnel,
- une égalité de traitement salariale et statutaire,
- le maintien d’une couverture à 100 % du salaire en cas de maladie ou d’accident,
- un refus des contrats précaires et une garantie d’emplois stables
Le personnel s’oppose également à toute réforme qui introduirait une différenciation durable entre les catégories d’employé-e-s, contraire aux principes d’équité du service public culturel. Il appelle les autorités à revenir à l’esprit de l’accord de 2022 : une politique culturelle ambitieuse, équitable et respectueuse de celles et ceux qui la font vivre au quotidien.
Lors de l’Assemblée générale du 20 mai, le personnel a décidé qu’en cas de blocage des négociations le 23 juin, il envisagerait des mesures de mobilisation pouvant aller jusqu’à la grève. Compte tenu du passage en force décidé par le Conseil administratif et la Fondation du Grand Théâtre, des mesures de lutte seront organisées dès la rentrée.
Pour tout renseignement complémentaire :
– Juan Calvino, président de la Commission des personnels du GTG
– Valérie Buchs, secrétaire syndicale SIT
– Corinne Béguelin, secrétaire syndicale SSP/VPOD
– Isabel Amian, secrétaire générale SSRS