Fonds intempéries – canicule : c’est maintenant, Madame Bachmann

Aujourd’hui, des milliers de travailleurs-euses risquent de perdre une partie de leur salaire lorsque les chantiers sont arrêtés pour cause de canicule. Pourtant, une solution existe : la création d’un fonds intempéries-canicule. Les syndicats demandent au Conseil d’État d’agir sans attendre.

Depuis 2018 déjà, les syndicats de la construction Sit, Syna et Unia dénoncent les effets dévastateurs des fortes chaleurs sur la santé des travailleurs-euses et revendiquent des mesures de protection à la hauteur des enjeux liés au réchauffement climatique. Cette année, ils se félicitent des décisions des autorités prises en concertation avec les partenaires sociaux d’arrêter les activités exposées au soleil lorsque les températures deviennent insupportables comme en ce début d’été.

Ces décisions sont salutaires et constituent une avancée majeure dans une prise de conscience collective pour protéger à l’avenir la santé de tous-tes les travailleurs-euses et pas seulement dans les secteurs de la construction.

Cela étant, la situation est encore loin d’être satisfaisante dans ces secteurs notamment pour ce qui est du payement des salaires des salarié-e-s en cas d’arrêt de l’activité.

Aujourd’hui, dans ce genre de situation, les employeurs devraient théoriquement déclencher des demandes d’indemnités, via la loi sur le chômage. Or cette dernière prévoit 2 jours de carence pour chaque période d’un mois à la charge des employeurs, qui n’y trouvent dès lors plus aucun intérêt. Pire encore, la LACI n’inclut pas les travailleurs-euses temporaires dans son mécanisme, de sorte que des milliers d’entre eux-elles se trouvent sans revenu lors des arrêts d’activité.

Face aux lacunes du système, les représentants des syndicats Sit, Syna et Unia et de la Fédération des métiers du bâtiment (FMB) ont présenté, il y a plus de 2 ans à Madame Delphine Bachmann, Conseillère en charge du Département de l’économie et de l’emploi, un projet de Loi complémentaire à la LACI. Ce projet de loi consacre un fonds d’indemnisation intempéries-canicule visant à compléter le dispositif LACI et à indemniser les 2 jours de carences et les travailleurs-euses temporaires.

Dans le cadre de ce projet de loi, les partenaires sociaux ont commandé une étude actuarielle qui chiffre ce projet entre 6 (fourchette basse) et 12 millions de francs (fourchette haute) par année à la charge de l’État pour un peu plus de 15 ‘0000 travailleurs et travailleuses potentiellement exposé-e-s ; étant précisé évidemment que jamais ces 15 000 travailleurs-euses ne seront exposé-e-s de la même manière et en même temps aux risques d’intempéries. Les quelques 9000 travailleurs-euses du second œuvre et de la métallurgie du bâtiment peuvent par exemple souvent parer au grand froid, à la pluie et aux périodes de fortes chaleurs, via des mesures concernant l’organisation du travail.

Malgré la solidité du projet et son coût relativement faible par rapport aux bénéfices que l’État  pourrait, à terme, en retirer en termes d’économies sur toutes les questions liées à la santé des travailleurs-euses (moins d’accidents, moins de maladies donc moins de rentes AI, etc), le projet s’est enlisé sous le prétexte que les caisses sont vides. Étonnant, au moment où d’un claquement de doigt, le Conseil d’État débloque 6 millions pour d’hypothétiques victimes du G7.

Face à la multiplication des épisodes de chaleur extrême, il est temps que le Conseil d’État se montre courageux politiquement et novateur, et se dote enfin d’un véritable fonds intempéries–canicule.

Ces épisodes de canicule vont devenir la règle à l’avenir. Ils entraîneront des interruptions régulières de l’activité, des adaptations des horaires de travail, une baisse de productivité qu’il faudra assumer et des risques accrus pour la santé des travailleurs-euses, notamment dans la construction, le génie civil, l’agriculture, la logistique ou encore les espaces verts.

Alors au moment où un changement de paradigme semble s’opérer, le temps n’est plus aux calculs d’apothicaires. Le temps est aux actes et à l’action politique.

Les syndicats de la construction Sit, Syna et Unia, pour qui la protection de la santé au travail doit devenir une priorité absolue, appelle une nouvelle fois Madame Bachmann à instaurer rapidement un fonds intempéries–canicule permettant notamment de : indemniser les pertes de travail dues aux fortes chaleurs lorsque les conditions de sécurité ne permettent plus de poursuivre l’activité ; soutenir les entreprises qui appliquent des mesures de protection adaptées ; garantir le maintien du revenu des travailleurs-euses concerné-e-s ; encourager la prévention et l’adaptation des conditions de travail face aux risques liés à la chaleur. Ce fonds devra être alimenté exclusivement par l’État et, si besoin, par le patronat, car les employeurs sont responsables de financer et mettre en place toutes les mesures relatives à la protection de la santé et à la sécurité sur la place de travail. Il est évidemment exclu d’imaginer, comme certain-e-s l’envisagent, que les travailleurs et les travailleuses payent pour protéger leur santé.

Sans réponse satisfaisante à leurs revendications légitimes, les syndicats se poseront immanquablement la question de lancer une initiative populaire.
   

Communiqué de presse
14.07.2026
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