Manifestations ● Il y a quelque chose d’indécent dans la nouvelle manœuvre du patronat et de la droite visant à neutraliser toutes forme de contestation sociale. Tandis que des milliers de personnes se mobilisent depuis des mois pour dénoncer le génocide en cours dans la bande de Gaza, s’additionnant à d’autres manifestations pour d’autres causes, le PLR vole au secours des entreprises de commerce de détail qui se plaignent de prétendues pertes de chiffre d’affaires qu’induiraient ces manifestations. Le « parti de la liberté » a ainsi déposé un projet de loi pour interdire purement et simplement toute manifestation sur le U lacustre. Une campagne honteuse, orchestrée par la droite patronale, et qui porte malheureusement déjà ses fruits puisque la cheffe (socialiste) du Département des Institutions a annoncé un tour de vis dans la délivrance des autorisations de manifester.
Ouin-ouin patronal
À entendre Genève Commerce, l’organisation patronale des grandes enseignes du commerce de détail, une manifestation traversant le pont du Mont-Blanc viderait les rues de passant-e-s (sic) et les commerces de leurs client-e-s, avec un impact pouvant aller « jusqu’à 40 % de perte de chiffre d’affaires ce jour-là ». Sans présenter la moindre preuve de leurs allégations, comme d’habitude, et à grands renforts de généralisations plus que douteuses.
Mais plus pathétique encore, le patronat du commerce et son bras armé politique libéral-radical osent ériger la « liberté économique », entendue ici comme un prétendu « droit de commercer », en un droit fondamental absolu, à traiter au moins, si ce n’est plus, sur pied d’égalité avec d’autres droits fondamentaux, bien réels ceux-ci, que sont les droits d’expression et de réunion sur la voie publique.
Projet de loi et tour de vis
Sautant sur l’aubaine, le PLR en profite pour dégainer un projet de loi liberticide : l’interdiction de toute manifestation sur le U lacustre (quais et pont du Mont-Blanc), ainsi que sur les axes de trams (dont les rues basses). Du Poggia pur jus, qui contraignait les manifestations durant la pandémie à la plaine de Plainpalais, mais sans la pandémie cette fois-ci.
L’effet ne s’est pas fait attendre non plus du côté des autorités : cédant aux complaintes de ces grands patrons, Carole-Anne Kast, conseillère d’État en charge du Département des Institutions, a annoncé que ses services seraient plus restrictifs dans la délivrance des autorisations de manifester. On aurait été en droit d’attendre une résistance plus farouche de la part d’une magistrate socialiste.
Appel à résistance
Mais nous ne laisserons pas passer une telle régression de nos droits fondamentaux. Avec la Coordination genevoise pour le droit de manifester (CGDM), qui regroupe des syndicats, des partis, divers collectifs et associations dont celle des juristes progressistes, nous nous emploierons à la combattre par tous les moyens possibles, juridiques, politiques et civils.
Une résistance d’autant plus indispensable que cette tentative de neutraliser, voire de criminaliser, toutes formes de contestation sociale s’inscrit justement dans un plus large projet politique de vaste régression sociale porté et mené par la droite patronale. Un projet auquel il faut répondre partout : dans les urnes, devant les tribunaux, et par-dessus tout dans les entreprises et dans la rue.
Davide De Filippo