Conflit social ● Le principe d’un employeur unique pour le Grand Théâtre a été adopté par le Conseil municipal. Argumentaire, auditions, grève du personnel et rassemblement n’auront pas permis de négocier avant les conditions de travail et de retraite de l’ensemble du personnel. Mais ce dernier n’a pas dit son dernier mot.
Forte mobilisation
Le Personnel du Grand Théâtre de Genève s’est mis en grève le 29 février 2024 de 7h à minuit. Cette grève de protestation a été suivie par environ 140 employé-e-s de l’Opéra, ce qui a empêché la tenue du spectacle d’Idoménée prévu ce soir-là. Seule une version concert a pu avoir lieu, face à un public clairsemé. Un dernier rassemblement du personnel a eu lieu aux portes du Conseil municipal le 5 mars dernier avant le vote par 64 OUI et 7 NON (EàG) de cette réforme, entérinant notamment le principe du transfert de 190 employé-e-s actuellement engagés par le Ville de Genève vers la Fondation du Grand Théâtre de Genève (FGTG). Ces modifications doivent encore passer le cap du Grand Conseil.
Négociations exigées
C’est que les organisations du personnel avaient tenté en vain de convaincre le magistrat S. Kanaan de réviser le Statut de la FGTG uniquement pour son volet gouvernance, mais de surseoir à la partie concernant les conditions d’engagement du personnel. Les auditions devant deux commissions du Conseil municipal et le vote en urgence de cette démunicipalisation ont provoqué une immense déception auprès du personnel concerné. Les promesses selon lesquelles il n’y a aucune volonté de dégrader les conditions de travail, de salaire et de retraite vont pouvoir se vérifier dans les faits, puisqu’une première date de négociation est déjà prévue. Nul transfert de personnel ne pourra avoir lieu sans son accord préalable.
Vers le haut ou vers le bas ?
Le personnel du Grand Théâtre est actuellement composé d’une multiplicité de statuts différents. Le personnel de la Ville de Genève bénéficie du statut de droit public négocié par les syndicats et d’une bonne caisse de retraite (CAP-Prévoyance). Faute de subventions supplémentaires et de volonté politique, les tentatives antérieures d’améliorer les conditions de travail et de retraite prévues pour le personnel des CCT des Chœurs et du Ballet, ainsi que pour le personnel de la Fondation engagé en droit privé, ont toutes échouées. Lors des spectacles, des dizaines d’intermittent-e-s viennent renforcer les équipes de personnel fixe. Des solutions spécifiques doivent être trouvées pour garantir une couverture de prévoyance adaptée et un alignement de leurs conditions de travail sur celles du personnel Ville de Genève. Dans un premier temps, seul le principe d’une harmonisation était posé. Vers le haut ou vers le bas ? Telle était la question. Après la grève, le discours se veut rassurant : « L’objectif est d’arriver à des conditions de travail pleinement satisfaisantes pour tout le personnel, en gommant les inégalités actuelles et en visant une harmonisation vers le haut ».
Quels moyens ?
Bien entendu, la question principale tourne autour des moyens. L’accord entre la Ville de Genève et le canton de cofinancement à terme de l’institution et la nouvelle loi pour la promotion de la culture et de la création artistique ne contiennent aucune garantie chiffrée. Le personnel attend toujours leur claire détermination d’une augmentation globale du budget de l’institution, sans laquelle aucune réforme ne sera possible. Le refus de la Fondation d’indexer les salaires des intermittent-e-s du spectacle de 1,45 % comme le reste du personnel, alors que la subvention a été augmentée de 2 % en 2024, donne un très mauvais signal.
Valérie Buchs