Accueil préscolaire

Deuxième attaque de la droite sur les crèches

L’UDC et le PLR ont déposé un nouveau projet de modification de la loi sur l’accueil préscolaire visant à dégrader les normes d’encadrement des enfants.

Provocation Alors que la mobilisation du personnel de la petite enfance pour gagner la votation du 9 juin bat son plein (lire encadré), l’extrême-droite genevoise (UDC et PLR) surenchérit en déposant un nouveau projet de loi qui s’attaque directement à la qualité de l’accueil dans les crèches et les jardins d’enfants. Le but est toujours le même : faire des économies sur le dos du personnel et des enfants.

Abaisser les normes d’encadrement

Déposé en décembre dernier au Grand Conseil, ce nouveau projet vise maintenant à abaisser le nombre de personnel éducatif présent auprès des enfants. La volonté est de passer pour les enfants de 2 à 3 ans à 1 adulte pour 10 enfants, au lieu de 8 enfants actuellement. Pour les enfants de plus de 3 ans, il est question de passer de 1 adulte pour 13 enfants, au lieu de 10 enfants aujourd’hui. Cette modification des normes entame très sérieusement la qualité de l’accueil et de l’attention portée à chacun des enfants. Un projet qui conduit à du gardiennage en lieu et place des objectifs éducatifs poursuivis par le personnel de la petite enfance. Il s’agit aussi d’un mauvais calcul, puisque les structures ne vont pas pouvoir repousser les murs. Elles sont construites pour garantir un minimum de 4 m2 par enfants, ce qui est déjà une surface très limitée.

Déqualifier le personnel

Le projet de loi prévoit aussi d’abaisser la qualification du personnel qui entoure les enfants. La proportion d’éducateurs et d’éducatrices de l’enfance passerait de 60 % à 50 %. Le nombre d’ASE ou de personnel au bénéfice d’un titre secondaire II achevé passerait de 40 % à 30 %. Le personnel non qualifié pourrait ainsi atteindre 20 %, alors qu’aujourd’hui il est de 10 % au maximum pour autant qu’il soit engagé dans un processus de qualification. C’est la goutte d’eau qui fera déborder le vase, car le personnel est déjà dans une situation de surcharge évidente. Il subit une démultiplication et une complexification de ses tâches, notamment avec l’accueil d’un nombre croissant d’enfants avec des besoins particuliers. La qualification du personnel est par conséquent primordiale pour offrir des réponses adaptées aux défis pédagogiques actuels et une prise en charge adaptée de tous les enfants.

Investir dans la petite enfance doit être une priorité politique

Une fois de plus, le prétexte avancé est d’accroître le nombre de places d’accueil. Un projet similaire avait déjà été refusé en votation populaire en 2014, suite à un référendum soutenu par le syndicat. Notre réponse est toujours identique. Nous ne voulons pas de crèches au rabais, mais une société qui investit dans l’avenir. Les subventions de collectivités publiques doivent être revues à la hausse pour créer les places d’accueil de qualité manquantes qui permettent de répondre aux demandes des parents et favorisent le maintien des femmes dans une activité professionnelle. Le même débat a lieu dans le cadre du budget de la Confédération. La très libérale conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, en charge du département des finances au service du patronat, veut économiser en reportant le budget de 800 millions de francs attendu pour le financement des crèches. Un choix politique inacceptable.

Pas de crèches au rabais le 9 juin prochain

Le 9 juin prochain, fort-e-s d’un référendum ayant rassemblé plus de 10 000 signatures, nous voterons contre une première attaque de la majorité de droite du Grand Conseil, qui s’en prend aux conditions de travail du personnel majoritairement féminin des crèches. Son objectif est de supprimer l’obligation d’appliquer les usages professionnels dans le domaine de la petite enfance. Actuellement, le secteur est protégé par ces usages qui fixent des conditions de travail minimales (salaires, droit aux vacances, formation, etc.). Ce sont les crèches qui ne veulent pas signer une CCT qui doivent les respecter. Les usages sont par conséquent un garde-fou indispensable, qui garantit que l’ensemble de ce secteur professionnel bénéficie de conditions de travail correctes en dessous desquelles il n’est pas possible de descendre.

Valérie Buchs

Campagne
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