Le personnel du Collège de Genève demande un moratoire sur la réforme de la maturité gymnasiale. Réuni en assemblée le 22 septembre 2026, le personnel du Secondaire II du Collège de Genève a adopté à l’unanimité une résolution demandant le report d’au moins une année de la réforme matu2023.ge, de la rentrée d’août 2027 à celle d’août 2028. Le Syndicat des services publics, l’Union du corps enseignant du secondaire II et le Syndicat interprofessionnel des travailleurs et travailleuses soutiennent cette demande.
Le Département de l’instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP) entend introduire la nouvelle maturité gymnasiale dès août 2027, alors que le cadre règlementaire fédéral permettrait à Genève de maintenir une rentrée sous l’ancien droit en août 2028, voire en août 2029. Mathilde Mottet, secrétaire syndicale au SSP, commente : « Il est difficile de ne pas lire l’entêtement de la conseillère d’Etat à la lumière des prochaines élections cantonales de 2028. Mais trahir les enseignant·es à répétitions risque de lui coûter son siège ».
Un malaise profond du personnel enseignant
Depuis 2024, les alertes se multiplient : au moins 2 motions, 5 pétitions et 3 questions urgentes ont été déposées au Grand Conseil et des lettres des président·es de différents groupes de disciplines, des commissions romandes de physique, de biologie et de chimie, d’enseignant·es et des pétitions ont été adressées au Conseil d’Etat, concernant notamment la défense des arts visuels, de l’éducation physique, de la diction, de l’histoire, de la géographie, du latin, de l’histoire de l’art et du français.
Alors que le Conseil d’État propose un plan d’économies massives dans son budget 2027, le personnel dénonce également la pression budgétaire pesant sur des décisions, qui devraient relever de considérations pédagogiques relatives aux besoins des élèves. Or, un plan d’études cantonal de maturité gymnasiale déploiera ses effets sur au moins vingt ans. Massimiliano Masini, secrétaire syndical au SIT, commente : « Il s’agit d’empêcher maintenant que les élèves genevois·es payent les pots cassés de la politique fiscale du Conseil d’État, qui a préféré faire des cadeaux aux plus riches plutôt que d’investir dans l’avenir ».
Un processus jugé précipité et peu participatif
La préparation pédagogique de la réforme matu2023.ge s’est déroulée selon un calendrier extrêmement contraignant. En outre, les enseignant·es du Collège genevois regrettent que les consultations sur les plans d’études cantonaux aient été lacunaires et que leurs résultats n’aient pas été communiqués régulièrement. Elles et ils déplorent également la rupture du dialogue entre la Direction générale du DIP et les groupes de disciplines en raison de la suspension des commissions des président·es de groupe de
discipline au second semestre 2025-2026 et de l’absence de convocation du groupe d’accompagnement de la réforme depuis un an.
Une grille horaire problématique
Dans sa forme actuelle, la nouvelle grille horaire entraînerait des ruptures dans les parcours disciplinaires (notamment en histoire et géographie et dans les OS scientifiques), la concentration de nombreuses disciplines fondamentales sur seulement deux années du cursus gymnasial (particulièrement les arts visuels) et des
options spécifiques réduites à 13 heures. Certaines disciplines, comme le français et les mathématiques, manqueraient d’heures, alors que le nombre d’heures de cours augmenterait, amplifiant le risque d’échec des élèves en première année gymnasiale. La disparition de la diction en discipline fondamentale affaiblirait enfin l’acquisition de compétences essentielles pour les futur·es citoyen·nes de Genève, comme les compétences orales et sociales à prendre la parole en public.
Le personnel exige un moratoire
L’assemblée des enseignant·es du Collège de Genève a donc voté à l’unanimité un moratoire sur la mise en œuvre de la nouvelle maturité gymnasiale, qui devrait être reportée à août 2028 au plus tôt. Ce temps supplémentaire doit permettre de finaliser la réforme gymnasiale dans le respect de la cohérence pédagogique, du bien des élèves et des conditions de travail du personnel. Pour cela, le processus de construction de la nouvelle maturité doit impérativement être amélioré. « Nous ne voulons en aucun cas
jeter par la fenêtre le travail fait jusqu’à présent » conclut Emilie Wieland, membre du bureau de l’Union, « mais il existe des alternatives concrètes et nous devons ouvrir des espaces de dialogue pour garantir l’avenir des collégien·nes genevois·es ».
Concrètement, le personnel enseignant demande que les résultats des consultations faites jusqu’à présent leur soient communiqués, que les président·es de groupe de toutes les disciplines soient impliqué·es et qu’une heure de dégrèvement soit accordée à chaque enseignant·e pour préparer la réforme. Si la conseillère d’État en charge du DIP et la direction générale de l’ESII refusaient d’entrer en matière sur ses demandes, les enseignant·es et leurs représentant·s syndicaux décideront de mesures plus incisives.