Édito

Fable contemporaine

Il était une fois un gueux parmi les gueux, qui de justice sociale s’enticha. Il décida de faire de l’organisation des gueuses et de gueux contre les puissants son ministère, et toqua donc à la porte du Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs, qui l’accueillit à bras ouverts.

Notre ami mit donc immédiatement l’ouvrage sur le métier, avec esprit et détermination. Il se mit à calculer des salaires, et à réclamer aux coquins du royaume les parts indûment retenues. Las, il arrivât parfois que les plus fripouilles d’entre eux y opposent ignorance mathématique ou mauvaise foi de taverne poisseuse, contraignant notre ami à en dénoncer la flibusterie pour raison leur faire entendre.

Un jour, un groupe de gueuses et de gueux vinrent auprès de notre ami se plaindre de leur condition et de leur Maître. Au nom de sa Science, celui-ci ne leur octroyait ni le juste sel, ni le respect de leur personne ! « Diantre, mais pourquoi n’avez-vous pas réclamé votre dû ? », leur demanda notre ami. « C’est qu’il est de bonne famille, et que nous risquons le bannissement ou le cachot si nous ouvrons la bouche pour autre chose que de répondre à ses questions tordues ».

« N’ayez crainte », leur répondit notre ami, « je peux recueillir votre parole et me ferai fort de l’apporter moi-même à qui de droit en vous protégeant des foudres du coquin ». C’est ainsi qu’il prit sa plus belle plume, et réclama à celui-ci qu’il cessât de transformer la Science en instrument de sous-enchère et d’atteinte aux caractères de ses employé-e-s. Au vu de la gravité des atteintes dont sa profession l’en faisait le dénonciateur, il en avisa également les Autorités.

Mal lui en prît ! Ne supportant ni l’affront fait à sa Science ni l’outrecuidance d’une indigente remise en question de sa Magnificence, voici que le Maître coquin s’empressa de saisir la Sainte Inquisition afin que l’on bâillonne l’impertinent. « Faites taire ces marxistes de merde ! », l’entendit-on vociférer dans tout le royaume durant 30 jours et 30 nuits.

La Sainte Inquisition ne s’en fit pas prier, et abattit le glaive des Puissants sur notre ami, et de ce fait sur toutes les gueuses et les gueux du royaume : « Taisez-vous à jamais, car selon que vous serez puissants ou misérables, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs ! ».

À ces paroles, le royaume tout entier se pétrifia de stupéfaction. Comment ? Les exploité-e-s n’ont-ils-elles pas le droit à la parole ? La raison du plus fort est-elle encore et toujours la meilleure ? Le pouvoir est-il toujours aussi absolu que l’on doive rédiger des fables plutôt que d’appeler un chat un chat ?

Outré par tant d’inepties, et fort de l’appui indéfectible de son syndicat, notre ami forma recours devant l’instance supérieure. Une instance qui serait bien inspirée de se rappeler qu’on croyait la Bastille prise il y plus de deux siècles et demi, et qu’à force de tenter des réduire les gueux-ses au silence, un jour ils-elles finiront par la reprendre.

N.B. : Toute ressemblance avec des récentes histoires vraies est purement fortuite. Les personnages et leurs facéties ne sont que pure invention.

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