Assurance-chômage

La gabegie persiste

Un peu plus de trois mois après sa mise en service, le nouveau système informatique ne permet toujours pas aux caisses de travailler correctement.

SIPAC 2.0 ● Il a fallu des semaines pour que le SECO admette – finalement, et jusqu’à Guy Parmelin à la tribune du Parlement – l’ampleur du problème, tout en gardant un discours lénifiant sur un hypothétique retour à la normale d’ici juin, et cherchant à culpabiliser les caisses se trouvant en difficulté. Pourtant, au-delà des discours officiels, les témoignages de gestionnaires de différentes caisses, le plus souvent anonymes par crainte de représailles, se multiplient et vont tous dans le même sens : le nouveau système informatique imposé par le SECO est un monstre bureaucratique et dysfonctionnel, qui va bien au-delà de « bugs de jeunesse ».

Migration de données fantaisiste

Si les problèmes de connexion sont aujourd’hui en voie d’amélioration, les problèmes de migration, ne sont en revanche pas encore résolus. En effet, pour tous les chômeur-euse-s qui avaient déjà des données dans l’ancien système, en raison d’une indemnisation en cours au 1er janvier, voire un délai cadre précédent, ces données ont été « migrées » dans le nouveau système. Or, nombre d’entre-elle ont été modifiées par ce passage dans le nouveau système, avec des conséquences parfois graves pour les assuré-e-s. Ainsi, par exemple, un père de deux enfants a vu les dates de naissance de ces derniers placées respectivement en… 3007 et 8018. Avec une conséquence toute simple : des indemnités rabotées, passant de 80 % à 70 % du gain assuré, puisqu’en 2026, pour le système, cette personne n’a pas encore d’enfant à charge !

Système inadapté à la complexité du réel

Mais au-delà de ces bugs, c’est la conception même du système qui est en cause. Insuffisamment testé sur des cas complexes (pourtant très nombreux car liés à la précarité induite par le chômage), les collaborateurs-rices des caisses doivent perdre un temps fou à alimenter le système de données, pour ensuite buter quotidiennement sur des blocages ou des erreurs dans le traitement informatique du dossier, le plus souvent impossibles à résoudre à leur niveau, et qui sollicitent le soutien des informaticiens du SECO. Pour seul exemple, le système calcule souvent des droits insuffisants (13 au lieu de 14 indemnités) ou des non droits alors qu’il y a pile 12 mois de cotisations. Pour un système qui avait pour ambition de limiter les erreurs humaines, on est donc très loin du compte : la machine s’est substituée aux compétences métier des gestionnaires, mais en générant plus d’erreurs et en rallongeant sensiblement le temps de traitement des dossiers.

Des avances… guère plus rapides

Pour tenter d’apaiser la légitime colère des assuré-e-s et le questionnement de certain-e-s parlementaires, les autorités, de Guy Parmelin à Delphine Bachmann en passant par le SECO, ne cessent de répéter que les caisses peuvent également procéder à des avances (3 800 depuis le début de l’année pour 150 000 chômeurs-euses en moyenne, soit une goutte d’eau de 0,8 %). Mais en réalité, il n’est plus possible pour les caisses de verser des avances sans procéder à un calcul de droits dans le système. Or, c’est précisément ce qui prend du temps et retarde le versement, alors que l’ancien système permettait de verser une avance très rapidement sur la base d’une estimation sommaire mais néanmoins sérieuse des droits, opérée par des gestionnaires compétent-e-s.
Dans l’attente de corriger les très nombreux défauts de conception de ce nouveau système, le SIT revendique le rétablissement de cette possibilité de versement rapide d’avances, seule mesure qui permettrait au moins de ne plus laisser de très nombreux-euses chômeurs-euses sans revenus.

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