Handicap

Souffrance à Clair Bois

Un sondage intersyndical révèle de graves problèmes de sous-effectif et de management entraînant une grave baisse de la qualité des prestations pour les personnes en situation de handicap.

Parents inquiets • Des familles et bénéficiaires de Clair Bois ont révélé aux médias ce que le personnel savait déjà. La situation à Clair-Bois est critique. L’insuffisance de taux d’encadrement et l’épuisement des travailleurs-euses entraînent une dégradation des conditions de vie à Clair Bois. Plusieurs jours sans sortir, du gardiennage devant la télé, des erreurs médicamenteuses, des personnes en situation de handicap dont les compétences régressent… Ce qui est confirmé par un sondage intersyndical auquel près de 20% du personnel d’encadrement a répondu.

Sous-effectif alarmant

Une directive interne à Clair-Bois préconise un taux d’encadrement de 65 % au pôle enfance adolescence et 70 % au pôle adulte. Soit, en moyenne, 6.5 ou 7 adultes pour 10 bénéficiaires. Directive qui a mystérieusement disparu des documents accessibles par le personnel. Or, si on exclut les stagiaires et les apprenti-es du calcul, des équipes se retrouvent parfois à 42 voire 24 % ! Et ce sont 76.5 % du personnel des équipes encadrantes qui estiment être en sous-effectif.
Quand 81% des sondé-es nous indiquent que leurs collègues malades ne sont pas remplacé-es, 85.5 % être en sous-effectif entre une fois par semaine et tous les jours et que 88% indiquent que les stagiaires et apprenti-es sont compté-es dans les effectifs, comment la direction peut-elle prétendre garantir des prestations de qualité et protéger la santé de ses employé-es ?

Management par la peur

Les deux tiers des sondé-es n’osent pas faire remonter à leur hiérarchie les problèmes rencontrés sur le terrain et les trois quarts disent subir des pressions. Des appels à l’aide notamment à cause de la gestion des arrêts maladie nous ont été envoyés. Les convocations avec la direction des ressources humaines sont vécues comme des pressions à ne pas être trop souvent en arrêt y compris lorsque des certificats médicaux sont fournis. Pourtant, le personnel n’est pas en arrêt de gaieté de cœur, connaissant la surcharge occasionnée pour les collègues qui restent, n’étant pas remplacés.

Les désaccords exprimés notamment sur la prise en charge des bénéficiaires sont difficiles à exprimer, de peur de représailles. Des protocoles parfois vitrines, visent à donner une bonne image, lorsque la réalité est autre.

Conséquence pour les bénéficiaires

Des choix doivent être faits : est-ce que la famille la plus insistante obtiendra le plus de thérapies ? Est-ce qu’on laisse des stagiaires seul-e-s avec des bénéficiaires ou est-ce qu’on annule les sorties ? Certains actes ne mettent plus en valeur les capacités des bénéficiaires. Par exemple, une personne qui pourrait marcher sur une courte distance sera transportée en fauteuil roulant pour aller plus vite, qui va se faire habiller plutôt que de prendre le temps de s’habiller seule. La problématique est la même pour se nourrir. « On est dans le faire pour faire et non plus dans ce que la personne est capable de faire avec notre aide. On ne valorise plus les compétences pour aller plus vite car il y a trop de travail et plus assez de personne pour le faire. »
Certains projets comme aller faire du vélo ou des courses tombent à l’eau en cas d’absences. Il faut alors tout réorganiser et s’assurer que les bénéficiaires se portent bien avec ces changements.

Nous avons alerté Thierry Apothéloz et nous attendons de pouvoir le rencontrer afin de savoir quelles mesures le département de tutelle peut mettre en place.

Alice Lefrançois