Votations ● Le résultat du 9 juin sur les primes d’assurances maladies est une déception pour les majorités de votant-e-s romandes. Alors qu’elles plébiscitaient l’initiative pour que les primes ne dépassent pas 10% du revenu, et rejetaient l’initiative pour un frein aux coûts, qui aurait donné plus de pouvoir encore aux caisses, le problème reste entier : des coûts qui augmentent, étranglent les ménages et mettent les Cantons sous forte pression, et des employeurs qui continuent à s’exonérer de remplir leurs obligations en matière de santé.
Barrière de classes
Au-delà d’une barrière de rösti, comme largement thématisée, il y a dans ce vote une forte composante de vote de classe sociale. À Genève, les communes de riches de la rive gauche, fiefs du PLR et havre des UDC Amaudruz et Andersen, ont voté majoritairement contre : elles estiment nécessaires de priver de soutien les moins bien loti-e-s.
À l’échelle suisse, il en est allé de même : si l’on se réfère aux statistiques suisses (OFS), ces cantons qui ont refusés l’initiative sont en réalité plus riches que Genève et la région lémanique : les revenus nets sont, dans les cantons de Suisse centrale, orientale et du Nord-est, supérieurs à ceux de Genève et de Suisse romande ; le taux de privation matérielle et sociale y est 2 fois et demie plus bas que dans la région lémanique ; et la proportion de personnes sans aucune fortune y est de 7% à 17%, alors qu’elle est de 40% à Genève.
Caisse publique unique
Les coûts de la santé sont l’aspect le plus antisocial de la politique suisse : un système d’assurance privée dont le montant n’est pas lié au revenu péjore de façon grave les revenus bas et moyens. Il est vraiment temps d’en changer. Pour le SIT, il faut donc impérativement relancer le chantier d’une caisse d’assurance publique (il n’est pas acceptable de laisser les caisses faire du bénéfice sur le dos des assuré-e-s) et unique : la concurrence est un vain mot, on s’en est assez rendu compte. De plus, il est urgent de passer à un système de financement social, progressif selon revenu, comme avec les impôts. Dans une période où les richesses augmentent, mais ne sont plus partagées, il faut contrebalancer ces effets : les riches peuvent payer une part proportionnellement plus élevée.
Impliquer les employeurs
Mais ce n’est pas le seul moyen d’abaisser la facture des classes populaires. Un autre est la reconnaissance de l’impact des conditions de travail sur la santé (voir à ce sujet les articles en page 13 sur la santé au travail), qui, à ce jour, et malgré les ordonnances légales, est totalement insuffisante. Il n’y a pas même d’assurance perte de gain obligatoire. Ce sont donc des milliards qui sont mis à charge des collectivités, alors que les employeurs engrangent les bénéfices d’une exploitation insuffisamment cadrée de la force de travail. « Quand on a pressé le citron, on peut jeter la peau » chantait François Béranger, lui-même fils de syndicaliste, à propos des travailleurs-euses étranger-ère-s, mais qu’on peut étendre à l’ensemble des coûts que les entreprises refusent d’assumer : les coûts sociaux et environnementaux. Parmi les mesures à prendre, il est donc urgent de relancer la discussion sur une diminution du temps de travail (associée à un meilleur partage des revenus) : le travail a une dimension pathogène qu’il faut juguler, et dans une société où l’épanouissement personnel devient une valeur importante, la diminution du temps de travail est nécessaire. Aux syndicats et à la gauche de la relancer.
Jean-Luc Ferrière