À l’occasion de la journée internationale des luttes féministes, ce 8 mars 2026, le syndicat SIT s’est rassemblé devant le Palais de justice pour revendiquer un vrai accès à la justice pour les femmes sans papiers victimes de violences et l’arrêt de leurs renvois.

Depuis de nombreuses années, le SIT s’engage pour les droits des travailleurs et travailleuses les plus précaires, notamment sans statut légal. Avec la montée de l’extrême droite, du masculinisme et des politiques anti-migratoires, ce sont les femmes sans papiers qui se retrouvent à la croisée des violences sexistes, racistes et xénophobes. Elles sont particulièrement vulnérables au durcissement des frontières, aux politiques anti-migrantes, à l’exploitation au travail et aux violences sexistes et sexuelles.
La cruauté et l’hypocrisie de notre système font que, d’un côté, notre société et notre économie dépendent du travail des travailleuses-eurs sans statut légal, particulièrement du travail du « care » des femmes, et de l’autre, nous leur refusons leurs droits fondamentaux et les exposons à l’expulsion s’ils osent dénoncer la violence et l’injustice.
Ce 8 mars, la Commission migration et la Commission femmes du SIT ont décidé de réaffirmer leur soutien à toutes les femmes sans papiers victimes de violence, qui sont contraintes de faire face à un choix impossible : demander l’aide des autorités et risquer l’expulsion, ou endurer en silence une situation de violence dans l’espoir de garder ses chances d’obtenir un permis plus tard.

Le manque d’accès à la justice crée une véritable zone d’impunité qui nous concerne tous et toutes. Sur leur lieu de travail, les femmes sans papiers victimes d’exploitation sont menacées d’être dénoncées à la police pour séjour illégal si elles osent revendiquer leurs droits du travail. Dans leur vie privée, les femmes victimes de violences conjugales ne dénoncent pas leurs agresseurs par crainte d’être expulsées. Dans l’espace public, les femmes sans papiers victimes d’accidents qui appellent la police à l’aide se retrouvent interrogées pour séjour irrégulier au lieu d’être mises en sécurité.
Lorsqu’une plainte pénale est déposée, les femmes sans papiers peuvent bénéficier d’un permis de séjour temporaire uniquement pour la durée de la procédure, mais elles ne sont pas autorisées à travailler, ce qui les pousse encore plus dans la précarité. À la fin de la procédure, lorsque leur présence dans le territoire n’est plus nécessaire, elles risquent toujours un renvoi. Tant que le risque demeure, un véritable accès à la justice pour les femmes sans papiers ne peut être garanti, et leurs droits fondamentaux sont donc violés.
C’est le cas de Rose*, qui après avoir travaillé comme employée de maison « live-in » chez des particuliers fortunés, à 80 heures par semaine pour 1500.- non déclarés aux assurances sociales, se trouve licenciée avec effet immédiat, et elle perd donc d’un coup, salaire et logement. Sans autorisation de séjour, elle ne peut pas s’adresser à l’OCIRT, car les inspecteurs-trices sont obligé-e-s par la loi de dénoncer au ministère public toute infraction pénale. Avec le soutien du SIT, une demande en justice est déposée devant le Tribunal de Prud’hommes. Mais les employeurs déposent une plainte pénale à son encontre. Le seul moyen de se défendre c’est déposer une contre plainte pour traite des êtres humains en sachant que c’est très difficile. Même si finalement le statut de victime traite est reconnu, il n’a aucune garantie à la fin de la procédure d’obtenir une régularisation, car elle n’a pas résisté suffisamment longtemps dans une situation d’exploitation (10 ans) pour répondre aux critères de régularisation.
En septembre 2025, cinq femmes courageuses soutenues par le syndicat SIT ont dénoncé publiquement leur triple peine : agressées, dénoncées et expulsées. Entretemps une directive interne de la police prévoit que les victimes d’infraction sans papiers soient d’abord entendues comme victimes, avant d’être convoquées dans un deuxième temps comme prévenues pour séjour illégal. Au SIT, nous restons proches du terrain et nous resterons vigilants quant à l’application de cette nouvelle pratique, qui ne résout toutefois pas le fond du problème.
Nous pensons qu’une autre voie est possible. Les autorités fédérales et cantonales, notamment le ministère public, ont non seulement la capacité, mais aussi la responsabilité et l’obligation de protéger toutes les victimes, quel que soit leur statut juridique, et de garantir leurs droits fondamentaux, comme le déclare une tribune d’avocats publiée récemment.
Nous attendons avec impatience la réponse du procureur général, à qui nous avons envoyé une lettre en novembre 2025 pour lui demander une rencontre à ce sujet, mais qui reste sans réponse.
Ces dernières années, nous avons vu que la devise féministe « on te croit » a été adoptée par nos institutions publiques. Cependant, pour les femmes sans papiers, le message est autre : « on te croit, mais on te renvoie quand même ».
