Analyse • L’Office fédéral de la statistique a publié en mai dernier la dernière enquête sur l’impact des conditions de travail sur la santé, avec les données 2022 et la comparaison avec 20121. Elle permet de documenter un grand absent des débats sur l’augmentation des primes d’assurance maladie : les conditions de travail, jamais mentionnées dans les débats sur l’augmentation des coûts de la santé.
Importance de l’impact
L’impact négatif des conditions de travail sur la santé reste largement sous-estimé, alors qu’il est considérable. En ce qui concerne les risques physiques, 43 % des femmes et 47 % des hommes travailleurs-euses sont exposé-e-s à au moins 3 risques physiques. Parmi ceux-ci, les plus importants sont les mouvements répétitifs du bras ou de la main, devoir prendre des positions douloureuses ou fatiguantes, ou encore les charges lourdes, soulever ou déplacer des personnes, devoir rester debout, des températures élevées ou basses, des bruits forts ou des vibrations ou le contact avec des produits nocifs ou toxiques.
Pour les risques psychologiques ou psychosociaux, la moitié des femmes et 46 % des hommes sont exposés à au moins 3 catégories de risques. Entre 2012 et 2022, la proportion est restée stable chez les hommes, mais a augmenté chez les femmes (de 46 % à 49 %). Les facteurs les plus fréquents sont une demande psychologique élevée (presque deux tiers des travailleurs-euses), une intensité élevée (cadences ou délais), des conflits de valeurs, une faible autonomie, le stress, de fortes exigences émotionnelles, une faible reconnaissance ou soutien social, la discrimination ou la violence, ou encore la crainte de perdre son emploi.
Secteurs plus touchés
Comme on l’imagine, l’exposition aux risques varie selon les secteurs d’activité. Certains cumulent des risques physiques et psychosociaux élevés, comme l’hôtellerie-restauration, les transports, le commerce, les secteurs de la santé et de l’action sociale, ou la construction. L’hôtellerie-restauration et la santé et le social étant deux secteurs d’emploi fortement féminins, ils expliquent notamment la part importante des femmes soumises aux deux sources de risques sur la santé. Les jeunes, ainsi que les professions moins qualifiées sont globalement nettement plus impactés que les professions qualifiées.
Femmes particulièrement touchées
Le stress au travail chez les femmes est le facteur qui a le plus augmenté. La part de celles qui sont la plupart du temps ou toujours stressées passe de 17 % en 2012 à 25 % en 2022, comme le risque de burn out. Les parts des femmes victimes de harcèlement sexuel et de discriminations liées au sexe sont également en augmentation. Il faut rappeler que pourtant, des « filtres » entravent la reconnaissance des maladies professionnelles chez les femmes.
Dénégation des employeurs
Ces chiffres montrent que les conditions de travail tendent à se dégrader, à rebours d’une représentation du « progrès ambiant ». Ce n’est pas une surprise pour qui observe que depuis les années 90, le patronat grignote les acquis des périodes précédentes, exige dérégulation et flexibilisation. Il continue de nier l’implication des conditions de travail dans les coûts de la santé (voir également ci-dessous), malgré la responsabilité légale des employeurs à ce sujet. C’est donc à ce prix, payé par les travailleur-e-s et les collectivités publiques, qu’ils font leur beurre.
Jean-Luc Ferrière
1 à lire sous : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home/actualites/quoi-de-neuf.assetdetail.31866458.html