Hypocrisie • Cachez ces coûts de la santé que l’on ne saurait voir. La majorité pro-patronale du Conseil national a balayé (à 127 voix contre 65) une initiative parlementaire gauche-verte qui demandait d’améliorer la reconnaissance des maladies professionnelles dont le stress au travail. Les parlementaires genevois-es du PLR (Cyril Aellen et Simone de Montmollin), de l’UDC (Céline Amaudruz et Thomas Bläsi), du MCG (Roger Golay) et du Centre (Vincent Maître) l’ont refusée et sont donc responsables de la perpétuation du problème.
Pourtant le stress au travail augmente (voir ici) et touche près d’une personne sur 5, et il génère des coûts faramineux. Selon un rapport du Seco de 2000 (malheureusement pas actualisé), son coût serait de plus de 4,2 milliards par an, soit 1,2% du PIB (entre frais médicaux, absences et pertes de production). Ce coût double si on y ajoute celui des accidents professionnels et des maladies professionnelles. Dans les pays européens, le coût économique des maladies professionnelles se monte même en moyenne à 3% du PIB, ce qui correspondrait en Suisse à 22 milliards en 2022.
Pourtant, la Suisse ne reconnaît que très partiellement les maladies professionnelles. Leur définition trop stricte exclut de nombreuses atteintes à la santé. Ainsi la majorité des troubles musculosquelettiques (TMS, très souvent développés dans les métiers pénibles) ne sont pas reconnus comme maladies professionnelles. Les maladies générées par le stress professionnel non plus.
Ainsi, le système suisse met les coûts à charge des malades (par la franchise et la participation des assuré-e-s) ou de la collectivité (primes d’assurance et subsides), et en exonère les employeurs pourtant responsables des conditions de travail : une application du célèbre principe « privatiser les bénéfices, socialiser les pertes [et les coûts] ». Un mensonge de plus du système néolibéral qui n’a que faire d’assumer les « externalités négatives ».
Jean-Luc Ferrière