Emploi • La Croix-Rouge genevoise a décidé de renoncer à offrir son service d’interprétariat communautaire aux deux institutions publiques qui en ont le plus besoin : les HUG et l’Hospice général, soit environ trois quarts du volume des prestations fournies par ce service. Cela représente entre 150 et 180 licenciements dans les deux années à venir ! Soutenu par le SIT, le personnel se mobilise.
Mission de service public
La mission de l’interprétariat communautaire est de faciliter la communication entre une personne migrante, dont la connaissance du français est insuffisante pour dialoguer, et un-e professionnel-le, par exemple de la santé ou du social. Grâce à leur compréhension de la langue mais aussi de la culture et du mode de vie, les interprètes communautaires, souvent elles-mêmes issues de la migration, contribuent à l’intégration des personnes migrantes et à une prise en charge la plus adéquate possible.
L’interprétariat communautaire est une des sept thématiques clés du Programme d’intégration cantonal 2024-2027 (PIC III) du Conseil d’État et fait partie intégrante du programme de législature de l’État de Genève. En substance, le service est reconnu comme un atout essentiel pour la politique d’intégration à Genève. Il est admis que « c’est l’argent public qui finance les prestations d’interprétariat communautaire, soit de manière implicite via les budgets institutionnels, soit de manière explicite via des subsides » (PIC III, p. 55). Mais, le PIC reconnait également que l’État « a perdu toute capacité pour influer significativement sur la situation de sorte à pouvoir infléchir le cours des choses [!] » (ibid).
Loi du moindre coût
Depuis quelques années, deux des plus grandes institutions publiques bénéficiant de l’interprétariat communautaire, les HUG et l’Hospice général, ont placé la fourniture des prestations dans le système des appels d’offre de marchés publics. Autrement dit, le besoin est mis au concours auprès de prestataires qui doivent assumer le besoin à moindre coût tout en respectant quelques conditions minimales, la concurrence de la logique capitaliste appliquée aux « services » publics.
Tandis que les conditions de travail auprès de la Croix-Rouge genevoise étaient déjà dénoncées par le personnel, les interprètes communautaires n’auraient d’autres choix que de postuler auprès de prestataires privés qui ont pour seul logique le bénéfice. Avec comme corollaire des conditions de travail indignes, en particulier le travail sur appel payé à l’heure, sans garantie de salaire ni d’heures à travailler assorti d’une clause de non-concurrence empêchant de travailler pour d’autres employeurs !
Mobilisation du personnel
Le personnel réuni en assemblée générale par le SIT a décidé de lui donner mandat dans la défense de ses intérêts. Le SIT exige l’ouverture de négociations immédiates avec la Croix-Rouge genevoise. Il attend également du Conseil d’État la mise sur pied d’une taskforce pour limiter les licenciements et leurs conséquences possibles. L’État souhaite influer sur le cours des choses ? Nous demandons l’intégration des interprètes communautaires au sein du personnel fixe des HUG et de l’Hospice général. Il faut que le rôle essentiel des interprètes communautaires ainsi que leurs compétences et leur savoir-faire soient enfin reconnus pour ce qu’il est : un travail social d’intérêt public !
Jérôme Chapuis