Construction

Un rapport qui témoigne des défaillances du secteur

Le rapport commandé par le Ministère public vaudois à la suite du grave accident ayant emporté la vie de 3 travailleurs pointe du doigt les responsabilités des entreprises et de la SUVA.

Drame de Prilly ● Le 12 juillet 2024 un échafaudage de 60 mètres du chantier de la Tour Malley Phare, à Prilly, s’effondrait soudainement. Le grave accident, a emporté la vie de trois ouvriers, 11 ont été grièvement blessés.

Un drame dont la gravité est d’autant plus grande qu’il s’agissait d’un chantier de la SUVA, une institution ayant pourtant pour missions de veiller à la formation et la prévention contre les accidents sur les lieux de travail ! Un triste symbole qui met en exergue les trop nombreuses défaillances quotidiennes auquelles font face les travailleurs de la construction.

Le SIT s’était mobilisé pour exprimer publiquement toute sa solidarité et ses condoléances aux travailleurs victimes de cette tragédie ainsi qu’à leurs familles et leurs proches, tout comme à l’ensemble des travailleurs et travailleuses victimes d’accidents de travail trop souvent mortels. Mais il était aussi question de pointer les causes réelles du drame de Prilly et de revendiquer des conditions de travail dignes et sécurisées pour l’ensemble des travailleurs-euses.

Après le deuil la quête de justice

Or, le rapport mandaté par le Ministère public vaudois, rendu public le 15 janvier 2026, confirme les craintes du SIT. Les responsabilités sont bel et bien établies de sorte que l’effondrement de l’échafaudage était inéluctable. D’après le rapport, la question n’était pas si l’échafaudage allait s’effondrer, mais quand cela arriverait !

Conception défaillante, non-respect total des normes, des règles de l’art et des prescriptions des fournisseurs, ainsi que des contrôles largement insuffisants. Le rapport pointe 25 manquements dont 11 graves qui seraient à l’origine de l’accident. S’agissant de la responsabilité des acteurs, la grande majorité des graves manquements sont attribués au groupe Roth Échafaudage, leader du secteur. Enfin, d’autres entreprises ainsi que, le maître d’ouvrage, rien d’autre que la SUVA, assurance accident, ainsi que le principal organe d’inspection de chantiers en matière de sécurité, portent également une lourde responsabilité.

Dit autrement, si même dans des chantiers publics réalisés par des grandes entreprises, qui ont les moyens de mettre en place des mesures de sécurité digne de ce nom, la pratique est l’absence de contrôles ainsi que des travaux mal réalisés, le constat est très amer pour l’ensemble du secteur.

La protection de la santé doit être une priorité

Les défaillances techniques cachent les problèmes structurels de la construction : courses effrénées à la rentabilité et aux profits, augmentation des cadences et des rythmes de travail, mise sous pression du personnel pour tenir les délais, précarisation de l’emploi induite par l’utilisation abusive du travail temporaire et de la sous-traitance abusive (avec une perte de compétences métier). Autant de phénomènes dénoncés par les syndicats depuis des années, qui mettent quotidiennement la santé et la vie de milliers de travailleurs-euses en danger dans ce pays.

Si pour les patrons le temps c’est de l’argent, pour les salarié-e-s la santé n’a pas de prix. Le SIT continuera d’exiger des conditions de travail dignes. Il est temps que le patronat prenne la question au sérieux, car sans cela il s’exposera désormais à des actions plus musclées, à l’instar des actions syndicales lors de la canicule 2023 qui sont passées par des plaintes pénales et des arrêts de chantiers.