Suite à l’arrivée d’une nouvelle direction à la tête des EMS Les Tilleuls et Fort Barreau, c’est l’hémorragie au sein du personnel. Depuis juin 2024, ce ne sont pas moins de 16 licenciements et 20 démissions qu’ont connu ces EMS chapeautés par la FAHPA, une fondation créée par le Conseil administratif de la Ville de Genève. Tous les secteurs de ces deux EMS sont touchés par ces départs et par des arrêts maladie longue durée, de l’administration aux soins en passant par l’animation, l’intendance et l’hôtellerie. Depuis novembre 2024, les syndicats SIT et UNIA ont alerté la FAHPA (l’employeur), qui a entendu mais ne réagit toujours pas.
La boule au ventre
Des dizaines d’employé-e-s en poste ou licencié-e-s témoignent d’un climat de peur généralisée et d’atteintes importantes et nombreuses à leur santé. En cause, un management comprenant menaces de licenciement, communications inappropriées, pressions lors d’arrêt de travail, plannings modifiés sans consultation, incitations à la délation et à la transmission d’information sur la vie privée de collègues, propos antisyndicaux. Des salarié-e-s racontent : « Je vais au travail la boule au ventre », « Je fais des crises de panique quand je passe devant l’EMS durant mes vacances », « Avec des collègues, nous prenons des médicaments pour venir au travail et supporter le climat de travail », « Je n’arrive plus à dormir », « Ma vie professionnelle impacte ma vie personnelle ».
Les 16 licenciements en moins d’un an, dont la plupart sont décrits comme « brutaux », mènent celles et ceux en poste à craindre d’être licencié-e-s à leur tour et donc à prendre des mesures préventives : « J’ai vidé mon casier pour que la souffrance soit moins grande quand je serai licencié. » Des employées déplorent : « Trop de personnel expérimenté et qualifié n’est plus là ! On n’a plus de références sur qui s’appuyer. » ou encore « L’organisation change tout le temps depuis un an. » Les pertes sont innombrables : de compétences professionnelles acquises durant des années, de la pluridisciplinarité, de la solidarité entre équipes et entre collègues, dans l’environnement des résidant-e-s.
Promesses non tenues
Plus de dix employé-e-s, accompagné-e-s des secrétaires syndicales du SIT et d’UNIA, ont rencontré des membres du Conseil de fondation en décembre 2024 puis, comme convenu, leur ont transmis trois noms d’organismes pouvant mener un audit externe de management et de climat au travail. Une deuxième rencontre a eu lieu en avril 2025, où des membres du personnel en plus grand nombre ont à nouveau témoigné auprès de membres du Conseil de fondation. Une troisième rencontre a encore eu lieu en mai 2025.
Durant six mois, les syndicats ont porté auprès de l’employeur les demandes du personnel : des mesures urgentes pour protéger la personnalité du personnel, un audit externe, le gel des licenciements – sauf pour faute grave – le temps de prendre des mesures de protection de la personnalité et que le climat au travail change, la réintégration du personnel licencié depuis juin 2024. Malgré l’obtention des garanties orales sur l’intention de l’employeur de mandater un audit externe ainsi qu’une réponse écrite informant du gel des licenciements et de l’entrée en matière sur la réintégration du personnel, les licenciements ont continué et les atteintes à la santé sur le personnel aussi. À ce jour, aucun audit n’a été commandité.
Cette situation a amené les syndicats à dénoncer publiquement la situation cet été et à rencontrer des représentants du Département de la cohésion sociale. L’employeur doit prendre ses responsabilités.
Il faut protéger les lanceurs-euses d’alerte dans les EMS
Ces dysfonctionnements graves dans deux EMS genevois impactant la santé d’un nombre très important d’employé-es ainsi que la prise en charge des résident-e-s illustrent une fois de plus le manque dans le secteur d’un mécanisme permettant la protection contre le licenciement de membres du personnel. Le SIT demande depuis plusieurs années la création d’un mécanisme de protection des lanceur-euse-s d’alerte pour le secteur des EMS. Espérons que ce nouveau cas fasse aboutir le processus devant mener à instaurer un tel mécanisme.
Clara Barrelet