Analyse ● Depuis trop longtemps, les salaires stagnent alors que la productivité grimpe et que les entreprises annoncent des bénéfices records. Les chiffres sont clairs : corrigés de l’inflation, les salaires réels n’ont pratiquement pas bougé depuis 2015. Dans certaines branches, comme la construction, l’hôtellerie-restauration ou encore la vente, ils sont même plus bas qu’il y a dix ans. Résultat : un déficit salarial cumulé de près de 9 %. Pendant que les actionnaires se gavent, les salarié-e-s voient leur pouvoir d’achat s’éroder.
Dans le même temps, les primes d’assurance maladie explosent. En moyennes, un couple avec deux enfants dépense désormais presque deux salaires complets par an pour les payer. Les travailleurs-euses paient deux fois : par l’érosion de leur salaire et par la flambée des coûts de la santé. Trop, c’est trop !
Une revendication juste et nécessaire
L’Union syndicale suisse réclame une augmentation générale de 2 à 2,5 % en 2026. Cette revendication s’appuie sur des faits : la productivité a crû d’environ 1 % par an sur la dernière décennie. Mais cette hausse, fruit des gains d’efficacité, des nouvelles technologies et de l’engagement quotidien des salarié-e-s, a été confisquée par les employeurs. Les profits se sont envolés, les dividendes ont gonflé, mais les salaires sont restés bloqués.
En d’autres termes, les travailleurs-euses produisent toujours plus de valeur en moins de temps, mais ils-elles ne voient aucun retour sur leurs efforts. C’est une injustice structurelle : le fossé entre richesse créée et salaires distribués s’élargit chaque année. En exigeant une hausse de 2 à 2,5 %, l’USS ne fait que réclamer un partage équitable de la productivité, et donc de la richesse collective.
Compenser la hausse des primes
L’USS demande également que les salaires compensent l’inflation récente et qu’une hausse supplémentaire de 0,4 % soit accordée pour faire face au poids croissant des primes maladie. Car comme le répète le SIT depuis des années, la dégradation des conditions de travail et donc de la santé des travailleurs-euses explique en grande partie l’augmentation des coûts de la santé. Des coûts qu’ils-elles sont seul-e-s à supporter via les primes d’assurance. Les employeurs doivent donc assumer leur part de responsabilité sociale également sur ce plan.
Droits de douane : pas d’alibi
Ces dernières semaines, les débats ont été dominés par les droits de douane décidés par Donald Trump. Certes, combinés au franc fort, ils pèsent sur certaines branches exportatrices. Mais l’USS rappelle qu’environ 99 % de la population active n’est pas directement concernée, ou ne l’est que marginalement, et que la conjoncture reste globalement « bonne à satisfaisante » dans les secteurs épargnés. Les marges demeurent solides dans de nombreuses entreprises ; même dans l’industrie, plusieurs sociétés — y compris au sein du MEM — ont maintenu des marges appréciables. Autrement dit, ces droits de douane ne peuvent pas servir de prétexte général pour geler les salaires.
Corriger les inégalités
L’USS revendique un plancher salarial de 4 500 frs pour toutes et tous, et un minimum de 5 000 frs pour les titulaires d’un CFC, car un tiers de ceux-celles-ci gagnent moins que cette somme, parfois même jusqu’à la veille de leur retraite.
Mais il ne suffit pas d’élever les planchers : il faut aussi corriger les inégalités entre femmes et hommes. Trop de métiers essentiels, assumés en majorité par des femmes — soins, santé, éducation, vente, nettoyage — restent sous-payés alors qu’ils font tourner la société. Il est temps de revaloriser ces professions pour mettre fin aux discriminations structurelles envers les travailleuses.
Davide De Filippo