Familles d’accueil à la journée : Professionnalisation remise en cause

Il existe des professions qui sont dévalorisées depuis toujours, en particulier lorsqu’elles sont exercées par des femmes. L’accueil de la petite enfance est emblématique de ce discrédit jeté régulièrement sur une profession majoritairement féminine, dont la nécessité va pourtant croissante avec l’intégration des femmes dans la vie professionnelle. Il y a quelques mois seulement, le député démocrate-chrétien Luc Barthassat rappelait avec mépris qu’il n’y a « pas besoin d’être bardé de diplômes pour savoir torcher les gamins » ; et une rafale de motions, issues des rangs de la droite, était déposée au Grand Conseil visant des professionnel-le-s soit disant trop payés, trop nombreux et trop formés. Les attaques ne pointaient pas uniquement les institutions de la petite enfance mais également les familles d’accueil à la journée.

Payée au lance pierre

Il existe à Genève deux modes d’accueil des enfants d’âge préscolaire. D’une part les crèches, garderies et jardins d’enfants, et d’autre part les familles d’accueil à la journée, appelées parfois « mamans de jour ». Ce dernier mode d’accueil est assuré par des femmes, qui peuvent garder simultanément jusqu’à trois enfants au maximum à leur domicile, en plus de leurs propres enfants. Personne, ou presque, ne semble se soucier du fait que la rémunération des familles d’accueil se monte entre 4 et 5 francs de l’heure par enfant. Ce qui porte le prix de l’heure entre 4 et 15 francs, soit le métier le plus mal payé du canton. Même un-e baby-sitter sans expérience reçoit entre 16 et 25 francs de l’heure. En tant que pseudo indépendantes, rappelons que ces femmes ne disposent d’aucune protection sociale, que les vacances ne sont pas payées et que si un gros pépin de santé leur arrive, elles perdent du jour au lendemain leur gagne pain. Les parents, quant à eux, perdent leur mode de garde.

Un contrat-cadre de travail à instituer

En janvier 2004, l’entrée en vigueur de la loi sur les structures d’accueil de la petite enfance et sur l’accueil familial à la journée semblait pouvoir mettre un terme à ce traitement d’un autre âge. Cette loi prévoit, d’ici à décembre 2008, l’instauration de structures de coordination qui engagent les familles d’accueil à la journée et les salarient. Un contrat-cadre doit être établit par le canton et les communes, afin de fixer les conditions de travail de la famille d’accueil et leur garantir une couverture sociale normale. La mise en place des structures de coordination doit permettre de trouver une solution de garde pour les parents en cas d’empêchement de travailler de la famille d’accueil et assurer un certain contrôle sur la qualité de l’accueil, ainsi qu’une formation de base. Ces changements ouvrent la perspective de trouver de nouvelles personnes disposées à exercer ce métier enfin revalorisé et, ainsi, de créer de nouvelles places pour faire face à la pénurie. La commission cantonale de la petite enfance a été chargée d’esquisser un projet de contrat-cadre à l’intention des communes et de l’Etat. Il s’inspire du contrat en vigueur pour les assistantes de crèche familiale qui exerce le même métier et qui donne satisfaction. Le rapport, accepté à une large majorité, recommande d’aller dans le sens de ce projet de valoriser les familles d’accueil et d’améliorer leur statut.

Loi attaquée par la droite

Les communes bénéficient aujourd’hui gratuitement de ce mode de garde. Car, contrairement aux institutions de la petite enfance, elles ne subventionnent pas les familles d’accueil. Les parents ne payant pas en fonction de leur revenu, ce mode de garde est très avantageux pour les familles aisées mais souvent inaccessible pour les revenus modestes. Dès lors, pas étonnant que nombres de familles recourent, en désespoir de cause, à des personnes sans statut légal encore moins bien rémunérées. La droite, ce faisant le relais des communes, a déposé deux projets d’amendements à la loi, qui visent purement et simplement à revenir au statu quo pour les familles d’accueil, avant même que cette loi n’ait pu être mise en oeuvre. Un recul pour les parents en quête de place d’accueil pour leur enfant, mais également une nouvelle porte qui se fermerait sur la possibilité pour ces femmes d’être reconnues comme des professionnelles à part entière. Mais pour beaucoup, les femmes qui s’occupent d’enfants à domicile n’exercent pas un vrai métier, elles n’ont donc pas besoin d’un vrai salaire. Elles peuvent se contenter d’un revenu d’appoint, même si cette activité les occupe dix heures par jour et si leur responsabilité dans l’éducation des enfants qui leur sont confiés est grande. Dépendantes financièrement, précaires, sans perspective de retraite décente, elles exercent une activité au foyer, un rôle qui a été traditionnellement assignée aux femmes. Accepter une remise en cause de cette loi sur les structures d’accueil de la petite enfance et sur l’accueil familial à la journée constituerait un nouveau recul en matière de lutte contre les discriminations faites aux femmes.

Le chèque-service : une fausse solution

Quant à la proposition de chèque service, en lieu et place du contrat-cadre, elle ne résoudrait rien. En effet, aucun salaire minimum n’étant prévu, il y a fort à parier que les déductions sociales viennent en déduction du prix de l’heure actuel et baisse encore plus le revenu des familles d’accueil. Contrôle, formation et solution de garde de remplacement en cas d’empêchement de travailler ne seraient pas atteints non plus. Quant à la tarification, en l’absence de subventions de ce mode d’accueil, les parents ne paieraient toujours pas en fonction de leur revenu et hésiterait par conséquent à utiliser le chèque service qui renchérirait le prix de l’heure.

Valérie Buchs