Services publics et subventionnés : Mobilisation générale

Le 15 décembre dernier, le personnel des services publics cantonaux et du secteur subventionné a donné un signal important de rejet des mesures d’économie du Conseil d’État. La première pierre d’une mobilisation nécessaire pour défendre les services publics.

Au plus fort de la manifestation, nous étions un bon millier à braver les rafales de pluie devant le Grand Conseil pour dénoncer les mesures d’économie, le gel des annuités et les coupes dans les prestations proposées par le Conseil d’État. Cela fait plusieurs années que l’on n’avait pas senti pareil vent de protestation au sein du personnel. Compte tenu de la rapidité avec laquelle le Cartel intersyndical a été contraint de convoquer ce rassemblement, des impératifs avec lesquels a dû composer le personnel en cette fin d’année, notamment nombre d’enseignant-e-s (épreuves trimestrielles), et de la mobilisation en ordre dispersé des organisations syndicales, le signal donné par les collègues ce jour là est sans équivoque.

La coupe est pleine

Après des années de régime sec, de limitations ou de diminutions d’effectifs en regard de l’augmentation des besoins de la population, après des années de pressions sur les horaires, d’augmentation de la charge de travail et de dégradation des conditions de travail, voilà que l’on récompense les efforts du personnel par le gel des salaires et par des coupes supplémentaires dans les moyens alloués aux services publics.

Dès 15h, ce sont ainsi plusieurs centaines de collaborateurs-trices qui ont arrêté le travail pour se rendre à l’Assemblée à la salle du Faubourg. Là, plusieurs d’entre eux-elles ont pris la parole pour témoigner de cette dégradation des conditions de travail, de leur attachement à la mission du service public et des difficultés toujours plus grandes rencontrées dans l’exercice de cette mission.

Et voilà qu’on leur demande de faire encore plus avec toujours moins, et qu’en guise de reconnaissance, non seulement les salaires sont bloqués, mais les réévaluations de fonction que certaines catégories attendent depuis des années sont suspendues et remises aux calendes grecques.

Une droite arrogante

Alors que le Conseil d’État proposait le versement d’une demi-annuité seulement en 2012, la droite n’a pas hésité et a obtenu, en contradiction avec son crédo bien libéral de la récompense de l’effort, la suppression complète de l’annuité en 2012. Les débats au Grand Conseil furent édifiants de mauvaise foi, de mensonges et d’arrogance, car il faudrait selon la droite que des personnes « au revenu confortable et bénéficiant de la garantie de l’emploi participent également à l’effort demandé à tous en cas de crise ». C’est oublier ou occulter que pour de nombreuses catégories de personnel, les temps partiels sont nombreux, et que la situation économique des ménages n’est pas aussi confortable qu’on le fait croire. C’est occulter également que la mesure concerne de nombreux-ses salarié-e-s au bénéfice de contrats de droit privé (EMS, établissement d’éducation spécialisée, etc.) et que la « garantie de l’emploi » des fonctionnaires n’a jamais existé, et d’autant moins depuis la révision de la LPAC que cette même droite a voté en 2006. Et c’est enfin occulter que cette même droite n’a de cesse de démanteler la fiscalité, tant des entreprises que des personnes physiques, remettant ainsi en cause « l’effort demandé à tous » au profit des nantis et des plus fortunés, et au détriment des travailleurs-euses et des exclu-e-s.

Une mobilisation nécessaire

Si nous ne nourrissions guère d’illusions sur le fait qu’il serait entendu par cette droite à l’occasion du vote du budget 2012, c’est bien un signal que le personnel a lancé le 15 décembre, un signal adressé à lui-même, aux collègues, à la population. Celui du refus que ce soit toujours les mêmes qui paient, celui de la nécessité impérieuse de dire « Stop ! » à la dégradation des conditions de travail et au démantèlement, par assèchement, du service public. Car défendre les conditions de travail des services publics, c’est défendre les conditions de son fonctionnement, dans l’intérêt de la population.

Les restrictions budgétaires votées par le Grand Conseil pour 2012 s’inscrivent dans un plan financier qui promet la répétition de ces mesures durant 4 ans. Le 15 décembre a donc été surtout le signal d’un début. Celui d’une réponse à hauteur des attaques, celui d’une mobilisation de longue haleine et déterminée, large et unitaire, pour mettre en échec la dégradation des conditions de travail et le démantèlement des services publics.

Davide De Filippo

Extrait de Sit-info de janvier 2012