Action du SIT sur un chantier : retrait du licenciement et mise aux normes sanitaires

Cliquez sur l’image pour lire la vidéo de l’action, filmée et réalisée par Matthieu Riedweg et Yoan Marti.

Grâce à la solidarité de ses collègues et à l’action menée par le SIT ce lundi 16 novembre à 7h, le chef d’équipe d’une entreprise terrassement, licencié pour avoir prétendument dénoncé les conditions sanitaires sur son chantier a été réintégré. La remise aux normes sanitaires a été exigée et sera contrôlée par l’Inspection Paritaire des Entreprises.

A l’occasion d’un contrôle syndical jeudi 12 novembre sur un chantier d’Hermance, le SIT a constaté les conditions sanitaires déplorables dans lesquelles agissaient 7 ouvriers du gros-œuvre depuis le début de la pandémie. Après un premier contrôle sur place à la demande du SIT le vendredi 13 novembre, l’Inspection Paritaire des Entreprises (IPE) avait donné rendez-vous à l’administrateur de l’entreprise FTLM SA, Monsieur Fernandes, ce lundi sur le chantier, afin de contrôler la mise aux normes des installations et la mise en place de mesures de protections contre la Covid-19. L’affaire, déjà grave, a pris une toute autre ampleur lorsque le patron, fuyant ses responsabilités, a attendu le départ des inspecteurs et du syndicat pour licencier Ramiro, son chef d’équipe, avec effet immédiat, sous prétexte qu’il aurait dénoncé la situation.

Pas de petites économies pour les patrons irresponsables
Face à cette attaque aux droits syndicaux, le SIT a riposté ce jour, en organisant un arrêt de chantier dès la prise de poste des travailleurs. L’ensemble de l’équipe a accepté de soutenir Ramiro et a refusé de travailler jusqu’à l’arrivée de l’employeur sur place. Ce dernier, confronté à une réalité implacable, et face aux médias présents, a accepté de réintégrer immédiatement son chef d’équipe et d’ouvrir les négociations avec l’intéressé et le SIT. Cela fait plus d’un an que Ramiro gère ce chantier, qu’il assiste à des réunions avec la direction des travaux et qu’il organise le travail, mais sans être ni reconnu, ni payé, comme un véritable contremaître. C’est une économie de près de Frs. 300.- par mois qu’elle s’offre sur son dos.

Au sujet des mesures sanitaires, c’est l’IPE qui a pris en charge le contrôle de ce volet. A leur arrivée sur les lieux ce matin, ils ont pu se réjouir de la livraison d’un deuxième container. Les ouvriers pourront, enfin, avoir un vestiaire séparé du réfectoire, et dans lesquels ils pourront respecter la distanciation sociale. Les inspecteurs ont pu en revanche constater que l’employeur n’avait toujours pas, depuis vendredi : affiché les informations nécessaires, fait le marquage au sol, donné les masques, le désinfectant…

« Pas vu pas pris », la loterie doit cesser
Selon la loi sur le travail et l’ordonnance COVID-19, l’employeur est tenu d’assurer la protection de la santé de ses employé-e-s et l’application des mesures de prévention contre la COVID-19 sur le lieu de travail. Il engage sa responsabilité sur le plan administratif, civil et pénal. Parce que les mesures n’ont pas été mises en œuvre depuis mars dernier, le SIT déposera une dénonciation auprès du Ministère Public, pour mise en danger de la santé et de la vie d’autrui.

Lors de sa visite de jeudi passé, le syndicat a appris des salariés eux même que l’entreprise n’avait prévu aucun plan de protection conformément aux directives de l’OFSP et du SECO. L’employeur n’avait distribué, depuis le début de la pandémie, que quatre masques par ouvrier, et très peu de gel hydro-alcoolique. Il n’avait pas prévu de désinfection de la seule cabane chauffée qui servait de réfectoire et de vestiaire, pas plus qu’il n’avait organisé la désinfection des outils que se passent toute la journée les salariés. Au-delà des mesures spécifiques à la lutte contre la pandémie, les acteurs présents ont pu constater l’absence d’une pharmacie de secours digne de ce nom dans la cabane, comble de l’irresponsabilité quand on connaît les risques d’accident dans le secteur de la construction.

Il ne s’agit pas ici de simples négligences, mais d’une volonté manifeste de faire des économies sur le dos des travailleurs au mépris de leur santé. Preuve en est, des cabanes spacieuses et rutilantes avaient été installées pour la visite des architectes, mais elles ont été retirées immédiatement lors de l’arrêt des séances. Contactée, l’architecte en charge du projet s’est dite choquée par l’absence de mesures prises par l’administrateur de la société, ainsi que par la brutalité avec laquelle ce dernier s’est débarrassé de son chef d’équipe, louant au passage les mérites et les compétences de ce dernier.

Renforcer les contrôles et les sanctions
Ainsi, sans compter sur l’action syndicale, ce chantier d’importance aurait tout aussi bien pu se poursuivre dans les même conditions déplorables jusqu’à un contrôle inopiné de l’IPE, de la SUVA ou de l’Ocirt, avec des risques accrus de contamination pour le personnel, mais également pour leurs proches.

En cette période où le système sanitaire de notre canton est saturé, au moment où le personnel hospitalier est débordé, le comportement de cet entrepreneur est particulièrement choquant.

Le SIT demande à nouveau, comme il le fait régulièrement depuis la première vague, de renforcer le dispositif de contrôle et de sanctions, afin que des administrateurs de cet acabit ne puissent plus passer entre les gouttes, afin de dissuader sérieusement les récalcitrants, et afin de limiter au maximum les chaînes de transmissions de la Covid-19 sur les lieux de travail. Le SIT demande aux autorités fédérales, et notamment au SECO, de revoir sa position au sujet de la délégation de compétence qui pourrait être accordée aux inspecteurs des chantiers des commissions paritaires de la construction qui œuvrent déjà chaque jour sur les chantiers pour le respect des conditions de travail et de salaire.

Enfin, il conviendrait que tous les maîtres d’ouvrage, qu’ils soient publics ou privés, nomment un Monsieur ou Madame Covid sur chaque chantier afin qu’il-elle veille au respect des normes de protection, et cela, à tous les échelons de la sous-traitance. Cette mesure aisée à mettre en place constituerait assurément un outil de prévention et de contrôle efficace et complémentaire au travail des organismes de contrôle.
Thierry Horner, secrétaire syndical SIT en charge de la construction



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